Brutal tattoo ritual, un mouvement singulier

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rédigé par Alexandra Bay

14 mars 2018

Le Brutal Tattoo Ritual m’intriguait. Je m’étais imaginé un mouvement habité par une vraie réflexion, quelque chose de l’ordre du rite réinventé, chargé de sens et de symbolique. Un retour aux sources, pensé, assumé. Et puis j’ai regardé la vidéo de Vice. Disons que le vernis mystique s’est écaillé très vite. Brutal, oui, on ne peut pas dire le contraire : ça saigne, ça cogne, ça crie, et ça transpire la rupture avec le tatouage aseptisé à la mode. À première vue, l’idée de re-sacraliser l’acte me parle — sortir du consumérisme, renouer avec la douleur comme passage. Mais dans la forme, ça tient parfois plus de la performance sensationnaliste que du rituel sacré.

Texte : @Alexandra Bay

Du tatouage sans esthétisme

Le Brutal Tattoo Ritual ne cherche clairement pas l’esthétique. Zéro souci du rendu final — et l’ignorant style suit une logique assez similaire, avec en bonus une touche de dérision assumée. Dans les deux cas, ce n’est pas le beau qui compte, mais le sens du geste. J’associais initialement la brutalité de ce rituel à une forme d’initiation : le tatouage comme épreuve, la douleur comme passage obligé. Une manière de mériter son encre, de la porter comme un marqueur vécu.

Et puis il y a cette réflexion du tatoueur, que je trouve particulièrement juste : quand un enfant se fait mal, sa mère le console. Ici, pas de “maman” pour adoucir le moment. Les gens viennent en connaissance de cause, ils ne cherchent ni réconfort ni compassion. Ils veulent vivre l’épreuve, sans filtre. Voilà peut-être le cœur du Brutal Tattoo Ritual : consentir à la douleur, sans détour ni fioritures.

Le cameraman enchaîne les plans sur des corps secoués de spasmes, des visages crispés, des hurlements à fendre l’âme… Et puis, sans transition, le tatoueur se déchaîne : il appuie, il pique, il insulte. La mise en scène est brutale, mais surtout, elle vide le geste de sa portée. Filmé comme ça, le concept devient tristement simpliste. Ce qui aurait pu être un rituel fort vire au grotesque. Et j’en suis sincèrement désolée. Non pas pour la douleur — bien réelle, je n’en doute pas — mais pour la manière dont elle est instrumentalisée.

Le moment le plus révélateur, c’est peut-être quand le tatoueur lance, à plusieurs reprises : « Si le client me fait chier, je lui dis d’aller se faire foutre. » Là, tout bascule. Le Brutal Tattoo Ritual n’a plus rien d’un rite : il devient un produit. Un concept marketing un peu creux, qui mise sur l’excès pour exister, au détriment de la profondeur qu’il prétend incarner.

Quel sens pour le Brutal Tattoo Ritual ?

J’imaginais le Brutal Tattoo Ritual comme une forme extrême d’engagement : s’abandonner à des heures de tatouage, des motifs volontairement inesthétiques, à contre-courant des tendances actuelles. Une façon de repousser ses propres limites, mais aussi celles d’un tatouage devenu trop lisse, trop « beau », trop instagramable.

Car il faut être honnête : le tatouage fait mal. C’est même la question qu’on entend le plus souvent — « Ça fait mal ? » — suivie de : « Quelle partie du corps est la pire ? » Réponse universelle : toutes. C’est toujours un sale moment à passer. Mais il y a un mais : la douleur fait partie du chemin. Elle se dompte, se digère. C’est un temps suspendu, de concentration, de présence à soi. Parfois je parle avec le tatoueur, parfois je me renferme complètement. Et puis, au bout de quelques heures, je m’égare dans mes pensées. C’est dur, oui, mais c’est riche.

C’est précisément là que le Brutal Tattoo Ritual, tel que présenté dans la vidéo de VICE, m’a profondément déçue. Ce que j’y ai vu, c’est moins une quête de sens qu’un show de douleur : des plans appuyés sur les cris, les spasmes, la peau martyrisée. Et ce tatoueur qui, entre deux insultes à son client, semble surtout jouer un rôle. On frôle le numéro BDSM d’un salon de l’érotisme municipal — ambiance néons, gémissements et « transgression » à deux balles. Tout cela sonne faux. Et surtout, ça vient amoindrir ce qui, à la base, aurait pu être une démarche sincère. Résultat : j’ai coupé au bout de dix minutes.

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