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Histoire du tatouage traditionnel Américain

Article rédigé en mars 2017 – Merci de ne pas copier coller sans citer de sources. Ce travail de rédaction recoupe articles de presse, livres, blogs sérieux sur le sujet, de sites maritimes, etc… J’ai mis beaucoup de temps à traduire, à comprendre et à recouper les faits que j’aborde ci-dessous. Vous pouvez retrouver ces écrits sous la forme d’un fanzine Tattow Stories 

Le tatouage traditionnel Américain : une histoire de marins

Le tatoueur Chuck W. Eldridge, fondateur de Tattoo Archive en Caroline du Nord, explique le lien ténu entre les marins et le tatouage : « ces marins parcouraient le monde et voulaient ramener des souvenirs de lieux qu’ils avaient visités, et à bord d’un navire, il n’y avait pas beaucoup de place pour transporter des objets. De sorte que les marins finissaient par se faire tatouer des marques de leurs voyages. » 

De plus, la vie en mer était particulièrement dangereuse et les marins étaient très superstitieux. Ainsi, les symboles encrés sur le corps étaient plus que de simples souvenirs. Ils étaient comme des talismans de protection : des « Lucky Charms ». Tel un journal intime, ils permettaient également de garder des souvenirs du passé ou la mémoire des êtres chers.

Outre les symboles figuratifs simples, certaines combinaisons ou placement de tatouages représentaient un langage codé que seuls les marins pouvaient interpréter. À la fin du 18ème siècle, les dossiers de la marine montrent qu’environ 1/5ème des marins américains possédaient au moins un tatouage.

Gus Wagner, le 1er professionnel ?

«J’ai l’histoire de ma vie sur la poitrine, l’histoire de l’Amérique sur mon dos, mes aventures en mer sur chaque bras, l’histoire du Japon sur une jambe et l’histoire de la Chine sur l’autre.» Gus Wagner

Journal de voyages de Gus Wagner

L’un des personnages emblématiques du tatouage, Auguste dit « Gus » Wagner, est considéré comme l’un des premiers professionnels du tatouage. Il découvre le Capitaine Costentenus dans un parc d’attractions. Il a 12 ans. Désormais féru de tatouage, il apprend en se piquant lui-même. En 1897, devenu marin marchand et tatoueur, il parcourt le monde durant 4 ans : Vera Cruz, Londres, Cape Town, Sydney, Auckland, Honolulu, New-York, San Francisco, etc…

Un apprentissage au fil de l’eau

Il découvre l’art du tatouage dans chaque port. Il apprend même le tatouage avec les membres d’une tribu à Bornéo et à Java. Un tatoueur lui donne aussi les ficelles du métier. Il s’agit d’un artiste anglais prénommé Alfred. Ce dernier aurait encré la Reine Victoria d’un tigre du Bengale se battant avec un python. Lorsque Gus revient aux USA, il démarre une carrière de tatoueur et d’artiste de cirque. Il fait fortune en tatouant plus de 1900 personnes à différentes foires. En 1908, son corps est orné de plus de 800 tatouages.

Gus et Maud Wagner

Histoire du tatouage traditionnel Américain: Gus et Maud Wagner

En 1904, il rencontre Maud Stevens, à l’exposition universelle de Saint-Louis. Il s’exhibe en tant qu’homme tatoué tandis que Maud est contorsionniste et trapéziste. Il propose à la jeune femme de le suivre en tournée. Elle accepte seulement s’il lui apprend à tatouer. Elle est considérée comme la première femme tatoueuse. Malgré l’invention de la machine électrique, le couple continue de tatouer à l’aiguille durant toute leur carrière. Ce couple de voyageurs et de tatoueurs a contribué à faire découvrir le tatouage loin des ports, à l’intérieur des terres américaines.

Le 1er studio de tatouage américain

Tandis que les tatoueurs naviguent sur les flots ou parcourent le monde, Martin Hildebrandt s’installe à New-York en 1870. En effet, Albert Parry mentionne le tatoueur allemand dans « Tattoo, secrets of a strange art » (1933) comme le 1er artisan à ouvrir un établissement aux USA., cette année-là. Avant de se fixer en shop, Martin bourlingue. Vers 1846, il commence sa carrière de tatoueur sur une frégate américaine. Pendant la guerre civile (1861-1865), il intègre l’armée de Potomac et encre alors des milliers de marins de leurs noms sur la poitrine ou sur le bras. Pas de temps mort pour le tatoueur. Grâce à ses tatouages, on reconnaît les soldats blessés ou décédés.

Après la guerre en 1870, Martin ouvre son shop au 77 Oak Street, entre Oliver et James Streets, à New-York. En 1876, le célèbre journal « New York Times » écrit alors : « à côté de la porte d’une maison à Oak Street se trouve un panneau portant une déesse de la liberté minutieusement exécutée et colorée de façon éclatante, avec des mots également teintés au-dessous : « Tatouage fait ici par Martin Hildebrandt » […] C’est une taverne avec un plancher rustique et sur les murs des images d’odalisques », le journaliste décrit ensuite « une demi-douzaine d’aiguilles sont liées ensemble en forme inclinée et plongées dans la meilleure encre de Chine ou vermillon ». Martin appelle son magasin « l’atelier » en français.

Martin Hildebrandt

Si Martin Hildebrandt a tatoué des marins, des ouvriers et des fermiers. Il a occasionnellement tatoué des personnes de la haute société : des hommes, et même des dames ! La mode du tatouage chez les bourgeois est lancée par le Prince de Galles, son fils le Duc d’York et le tsar Nicholas II de Russie. Chez les femmes, ce sont Aimée Crocker, l’excentrique auteure et rentière, ainsi que Clara Ward, Princesse de Caraman-Chimay, qui arborent des tatouages discrets sur le corps.

D’après Albert Parry, Martin Hildebrandt n’est pas tendre avec ses collègues. Le tatoueur affirme ainsi avoir formé bon nombre des tatoueurs du pays. Il regrette que les lignes soient si imparfaites depuis que ces derniers ont quitté son atelier. Comme Lee le gaucher, à Philadelphie, dont le travail ne s’est pas amélioré. Lorsqu’il admet le talent de l’un de ses collègues, il en parle toujours au passé. Ainsi, il a formé Farrell. Il travaillait merveilleusement bien à Chicago, mais l’alcoolisme a détruit son talent. Étrangement, Martin Hildebrandt ne critique pas Samuel O’Reilly qui s’installe près de sa boutique, à Bowery.

Les artistes de cirque itinérants

Nora Hildebrandt

« Finalement, les marins qui avaient passé leur vie en mer et étaient lourdement tatoués, sont revenus. Ils ont investi l’industrie du spectacle et travaillé avec des cirques ou les carnavals » raconte Chuck Eldridge.

La tradition des cirques itinérants et autres divertissements – parcs d’attractions, cirques, dime museums et vaudeville – émerge en 1840. Divertissements populaires, ces spectacles regroupent dans un même lieu des personnages aux physiques atypiques et aux destinées exceptionnelles : femme à barbe, nain, tatoué(e), avaleur de sabres, etc.

 

La 1ère tattooed lady

Martin Hildebrandt tatoue la 1re femme à s’exhiber dans les dimes museums, Nora Hildebrandt, sa fille. Ces musées à 1 dime ou dix cents sont des sources de divertissement populaire. En 1882, Nora Hildebrant est donc la 1re femme tatouée à s’exhiber au Bunnell’s Dime Museum.

Nora Hildebrandt

Needles and Sins qui aurait enquêté auprès du Daredevil Tattoo Museum et dans les archives de la ville, affirme que si Nora a pris le nom d’Hildebrandt, ils n’ont aucun lien de parenté : elle n’a jamais été ni sa fille, ni sa femme. Cependant, ces propos méritent une certaine réserve. Tattoo Archive relaie que Nora était bien la fille de Martin, tandis qu’Amélia Klem Osterud dans son livre « The Tattooed Lady » l’évoque comme étant sa femme.

C’est donc une piste que je propose avec une certaine réserve. Aussi, je vous remercie de ne pas juste copier coller ceci dans un article comme étant un fait… Quelle que soit la vérité, le tatoueur encre le corps de Nora et de nombreux autres artistes de cirque.

Le corps tatoué est un moyen de gagner sa vie. Surtout, si on livre au spectateur le récit d’une vie rocambolesque. Comme le célèbre Capitaine Costentenus, en 1874, qui raconte avoir été enlevé en Birmanie. Ainsi, il aurait été tatoué de force par les Tatars Chinois durant de longues séances quotidiennes de torture.

Sa légende personnelle était probablement un mensonge. Costentenus avait investi auprès d’un tatoueur américain professionnel. En effet, il déclarait gagner un salaire de 1000$ (avant la fluctuation) par semaine au sommet de sa carrière.

Nora Hildebrandt

Récit d’une vie extraordinaire

Irène Woodward

Nora Hildebrandt, quant à elle, raconte que son père a dû la tatouer pendant 365 jours sous la menace des Indiens d’Amérique. Son histoire commence lorsque sa mère meurt. Elle navigue de l’Australie aux États-Unis pour rencontrer son père : un marin et tatoueur. Ils partent en voyage à Salt Lake City. Lorsqu’ils traversent la réserve de White Pin, ils sont faits prisonniers par la tribu des red skin devils dont le chef est Sitting Bull. Il condamne son père au bûcher tandis que Nora doit devenir une « white squaw ». Lorsque Sitting Bull découvre que son père est tatoueur, il décide de ne plus le tuer. En échange, ce dernier devra tatouer ses guerriers.

Mais l’un de ceux-ci accuse le tatoueur de les empoisonner. Le chef indien condamne finalement le père de Nora à tatouer sa fille de la tête aux pieds. Pendant 1 an, elle aura le corps encré de 365 motifs, piqués 6 heures par jour, attachée à un arbre. Sa légende convainc peu le public, mais trouve son succès auprès des hommes. Plus tard, elle est détrônée par la séduisante Irène Woodward, tombant ainsi dans l’oubli.

Samuel O’Reilly, une révolution électrique !

Histoire du dermographe
Samuel O'Reilly's Peculiar Reciprocating Electromotored Tattoo Machine

Samuel O’Reilly, immigrant irlandais, est le 2ème tatoueur à s’installer en boutique en 1875. Son studio se trouve au 5 Chatam Square, dans le quartier de Chinatown. Il n’est pas plus grand qu’un placard de bonnes dimensions et se situe à l’arrière d’un salon de coiffure. En plus, d’être un artiste accompli, Samuel est un bon technicien et mécanicien. Il se fait appeler le professeur, mais traite toujours ses apprentis d’égal à égal. À l’époque, le tatouage est pratiqué à l’aide d’un ensemble d’aiguilles attachées à une petite poignée en bois. C’est une technique inspirée des Polynésiens. Le tatoueur plonge les aiguilles dans l’encre. Puis il tape de façon rythmique du haut vers le bas pour perforer la peau plusieurs fois. Ce procédé demande une bonne dextérité et plusieurs années d’expérience pour être efficace. Tatouer à la main est un processus très lent. Samuel O’Reilly qui a parfaitement intégré la rapidité du geste, se demande comment accélérer le mouvement de la pique.

Samuel le professeur, un inventeur dans l’âme

En 1875, Thomas Edison brevète le stylo électrique. Il invente cet objet pour alléger le travail laborieux des secrétaires. Le brevet déposé concerne une machine électromagnétique rotative, alimentée par des batteries. D’après l’histoire, son invention fait un flop, mais Samuel O’Reilly en reprend les principes et l’adapte avec des aiguilles, en y ajoutant un tube pour retenir l’encre.

Cependant, l’histoire du dermographe est bien plus complexe et intéressante à connaître. Quoi qu’il en soit, ce mécanicien hors pair dépose son brevet en 1891. D’après Parry, Samuel O’Reilly a gagné beaucoup d’argent en très peu de temps avec sa machine. Il appelait ses tatouages, des tattaugraphs.

La machine électrique lui a donné une sacrée réputation, attirant les artistes tatoués comme John Hayes du Bunnell’s Dime Museum, Calavan, Georges Mellivan, Franck et Emma Burgh… qui étaient séduits par les performances de sa nouvelle machine.

Brevet de Samuel O'Reilly

Le dermographe électrique de Samuel O’Reilly

Histoire du dermographe
Collection personnelle de TIM HENDRICKS

En plus d’être un bon technicien, Samuel O’Reilly est créatif. Il étoffe les couleurs utilisées dans le tatouage avec de nouveaux pigments comme : la poudre de charbon de bois, la poudre de brique, le bleu de Prusse, le washing blue (bleu lessive), le gunpowder, le cinabar (brique rouge), l’encre de Chine, l’encre d’Inde et bien d’autres encres végétales.

Plus tard, Samuel réfléchit à une technique pour retirer les tatouages. La croyance populaire veut que le lait maternel piqué à l’aiguille ou l’urine enlève l’encre. Samuel désapprouve ces pratiques. Le tatoueur trouve un produit chimique pour effacer les tatouages. Au même moment, débute son procès contre Electric Elmer Getchell.

Samuel accuse ce dernier d’avoir fabriqué et vendu des machines sur le même modèle que son brevet. Il dilapide toute sa fortune dans les frais d’avocats. Malheureusement, la même année, en 1908, Samuel meurt chez lui au cours d’un accident domestique.

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Dossier sur le tatouage traditionnel Américain 

TRADITIONNEL Suite

LES SYMBOLES

LE DERMOGRAPHE

Histoire du traditionnel amércain

LES TATOUEUSES

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