Histoire du tatouage

Histoire du dermographe

Histoire du dermographe 1er épisode

Le handpoke

L’artiste Gus Wagner utilise des aiguilles anglaises liées à une fine baguette grâce à de la soie de couture. Une technique qu’il utilisera jusqu’à la fin de sa carrière, malgré la création de la machine électrique.

Quant à Martin Hildebrandt, le New York Times décrit son travail : « M. Hildebrandt, avec la véritable modestie d’un artiste, expose son livre de dessins. Tout ce que vous avez à faire, au cas où vous voulez être marqué à vie, est de choisir un motif particulier, et dans un court laps de temps, variant de quinze minutes à une heure et demie, vous pouvez, en présentant votre bras ou votre poitrine comme une toile animée à l’artiste, transférer sur votre personne tout motif que vous voulez, au prix raisonnable de cinquante cents à $ 2.50.

Bien sûr, de nombreux Irlandais de la classe ouvrière qui ont révélé leurs tatouages ​​aux recruteurs en juillet 1863 ont été encré par des tatoueurs amateurs, souvent avec un degré variable de compétence. La méthode d’Hildebrandt consiste à prendre une demi-douzaine d’aiguilles n°12, qu’il lie en forme oblique et qui sont trempées lorsque la piqûre est faite dans la meilleure encre d’Inde ou de vermillon. La pique n’est pas faite du haut vers le bas, mais à l’angle de la surface de la peau. La poudre à l’eau et l’encre sont utilisées comme colorants.

Une fois le tatouage terminé, le sang et les excès de coloration sont lavés en utilisant de l’eau, de l’urine ou parfois du rhum et de l’eau-de-vie. »

La voie de l’apprentissage

Comme l’explique si bien Eldrige « C’était un métier, généralement appris par la voie de l’apprentissage. C’est exactement la façon dont une couturière ourlerait votre brassard avec une aiguille et un fil plutôt qu’une machine à coudre. Ils ont appris à manipuler l’aiguille dans la peau et à créer des dessins à la main. »

Installé non loin du réputé Martin Hildebrandt, Samuel O’Reilly pratique parfaitement le hand poke. Son geste est précis et rapide. Mais son esprit cogite. Comment mécaniser la pique ?

Histoire du dermographe : Outils de handpoke
Outils d’handpoke

Histoire du dermographe électrique

C’est une publication qui annonce officiellement Samuel O’Reilly comme l’inventeur du dermographe électrique.

« La première machine de tatouage électrique a été inventée à New York par Samuel F. O’Reilly et brevetée le 8 décembre 1891 (US Patent 464, 801). Adaptée du stylo rotatif à pochoir de 1876, de Thomas Edison (US Patent 180, 857), cette machine a révolutionné le commerce du tatouage, le menant vers la modernité. »

L’histoire du dermographe électrique est particulièrement intéressante.

Ainsi le site buzzworthytattoo.com a mené une enquête approfondie en collaboration avec Tattoo Archive. Cette enquête délivre une histoire bien plus complexe de l’invention du dermographe électrique. Je vous présente les grandes lignes de cette enquête.

Histoire du dermographe, les prémisses

Le stylo électrique de Thomas Edison

En 1876, Thomas Edison dépose le brevet d’un stylo électrique. Son stylo est équipé de deux ou trois bobines électromagnétiques. Il vibre à 50 piqûres par seconde. Le stylo sert à créer un pochoir pour reproduire des textes. En effet, il suffit de passer un rouleau encré sur le pochoir troué. L’action transfère l’écriture sur une feuille de papier située en dessous.

Cette invention est censée alléger le travail des secrétaires. Cependant, elle finira très vite aux oubliettes.

Histoire du tatouage : Thomas Edison
Thomas Edison : stylet

L’enquête de buzzworthytattoo.com

Ce que dévoile le site buzzworthytattoo.com est très troublant. En 1878, 13 ans avant qu’O’Reilly dépose son brevet, un contributeur anonyme écrit une lettre au rédacteur en chef du journal « Brooklyn Eagle ». Sous le pseudo de « Phah Phrah Phresh », il propose que le brevet d’Edison soit transformé en machine à tatouages, avec quelques petites modifications. Il donne même un nom à cette invention : le « teletattoograph ».

Cet étrange correspondant restera anonyme. Et son intervention restera anecdotique. S’il déclenche des idées chez de nombreux artistes tatoueurs. Il existe aucune preuve de l’invention d’une machine électrique. Les journaux évoquent uniquement la technique du handpoke jusqu’à la fin de 1880. Ceci dit, le tatouage électrique ne semble pas avoir commencé avec le dermographe de Samuel O’Reilly. Les recherches de la mécanisation auraient débuté quelques années auparavant, avec une nette percée en 1880.

Démocratisation des machines électriques

En effet, les appareils électriques deviennent toujours plus accessibles au grand public. En 1887, à New-York, une exposition sur l’électricité présente plus de 10 000 appareils : des instruments chirurgicaux aux appareils du quotidien.

Le journal New Rochelle Pioneer décrit un Samuel O’Reilly qui tatoue avec un faisceau d’aiguilles, en 1888. Cependant, il a certainement déjà créé la machine électrique. En effet, en 1889 et 1890, les artistes Tom Sidonia et Georges Mellivan font sensation comme « artiste au corps tatoué à la machine électrique » dans les dimes museums. En 1890, George Kelly alias Karlavagn s’exhibe avec un lettrage dans le dos « By Samuel O’Reilly », tatoué par Samuel O’Reilly.

Histoire du dermographe : tatooed by O'Reilly
Tattooed By O’Reilly

John Williams, l’inventeur ?

Le professeur John Williams, homme tatoué et tatoueur, aurait lui aussi commencé le tatouage électrique. Entre décembre 1889 et janvier 1890, il voyage en Angleterre. En effet, il donne des shows avec sa femme Madame Ondena. John tatoue sa femme sur scène. Incroyable, il utilise une nouvelle technique : la machine à tatouer électrique qu’il assure avoir « inventé ».

Encore plus surprenant, il mentionne Samuel O’Reilly de New-York comme un autre inventeur. Est-ce que le professeur williams a inventé cette histoire pour assurer son show ? A-t-il réellement inventé une machine électrique ? Ou s’est-il inspiré de l’invention de Samuel ?

Cette histoire prend place 1 an avant la validation du brevet de Samuel O’Reilly.

Médiatisation d’une nouvelle machine

Les artistes tatoués à la machine électrique sont une nouvelle tendance dans les freaks shows et les dimes museums. En janvier 1891, six mois avant que Reilly dépose son brevet, le journal « New York Dramatic Mirror » annonce un nouveau show :
« Ce qui est annoncé comme le « Kalamazoo, l’homme tatoué électrique » est la dernière tendance dans le freakdom. »

Le New Herald évoque également cette nouvelle tendance dans ses pages en mars 1891. Le journal explique ainsi l’abondance des « artistes tatoués électriques » en raison de l’invention d’une nouvelle machine électrique de tatouage.

Qui a donc inventé la machine électrique ?

C’est peut-être la raison pour laquelle Samuel O’Reilly a fini par déposer son brevet en juillet 1891. L’Office valide son brevet en décembre de la même année. L’artiste a peut-être eu peur de se faire subtiliser les mérites de cette invention ?

À ce sujet, le site buzzworthytattoo révèle que l’US patent déposé par Samuel O’Reilly mentionne que l’inventeur apporte « des améliorations nouvelles et utiles à la machine de tatouage électrique ». Ainsi, cette description laisse supposer que la machine à tatouage électrique existait déjà. Ainsi, il y a apporté des modifications nouvelles comme le réservoir qui permet de retenir l’encre.

La question reste donc en suspend « Qui a inventé le dermographe électrique ? »

Histoire du dermographe, du côté des dentistes

Le fouloir dentaire

Buzzworthytattoo pensent que le stylo électrique d’Edison n’est certainement pas la 1ère source d’inspiration du dermographe électrique. Le blog émet l’hypothèse que Samuel O’Reilly s’est inspiré du fouloir dentaire. Il s’agit d’un outil portatif à mouvement alternatif destiné à enfoncer l’or ou le métal dans les cavités dentaires.

Histoire du dermographe : fouloir dentaire
Fouloir dentaire

Les bobines électromagnétiques

C’est le dentiste William Gibson Arlington Bonwill (1833-1899) qui est à l’origine du premier outil dentaire électromagnétique. Le fouloir dentaire est équipé de deux bobines positionnées verticalement, en décalage par rapport au cadre. Il est possible d’ajuster le mouvement. Il est muni d’un curseur marche-arrêt.

Bonwill a cette idée en observant les bobines électromagnétiques d’une machine de télégraphe en marche. Le dentiste dépose deux brevets, en 1871 et en 1873. Son idée est ingénieuse. Il conçoit un outil facile à manipuler. Bonwill prend en compte la forme du cadre, le poids de la machine et son efficacité mécanique. En effet, il s’agit de placer les bobines stratégiquement par rapport au cadre, à l’armature et à la poignée. Après son deuxième brevet, il a amélioré l’électro-aimant et l’armature.

Histoire du dermographe : brevet de Bonwill
Brevet de Bonwill

Bonwill a reçu la médaille Cresson, la plus haute distinction de l’institut de sciences de Franklin. Son modèle de machine est le premier instrument portable à commande électrique. C’est une invention majeure pour l’époque et dans tous les domaines. Bonwill commercialise sa machine entre 1870 et 1880.

Un fouloir dentaire destiné à d’autres usages

Bonwill a pleinement conscience que son appareil peut-être modifié et utilisé dans bien d’autres domaines. D’ailleurs, son brevet mentionne « Mon instrument amélioré, bien que particulièrement adapté pour le remplissage des dents, peut être appliqué aux arts en général, partout où la puissance par l’électricité est nécessaire ou peut être utilisée pour actionner un marteau. »

En 1884, l‘institut Franklin note que la machine de Bonwill est utilisée dans le domaine dentaire, mais aussi adaptée à la sculpture, la gravure et comme stylo électrique.

Histoire du dermographe : William Bonwill
William Bonwill

Bonwill, une influence majeure

Ainsi dans une interview de 1878, Bonwill affirme que Thomas Edison s’est inspiré du fouloir dentaire pour le développement de son stylo électrique. Cependant, il a mis en oeuvre ses compétences dans le domaine de l’électromagnétisme pour améliorer son invention.

Bonwill et Edison ont incontestablement contribué à l’existence de la machine à tatouer électrique : un outil portatif avec un système de bobines électromagnétiques.

Mais, les artistes tatoueurs qui ont utilisé le dermographe électrique pour la première fois, ont certainement adapté la machine à leurs propres besoins, créant ainsi de nouveaux modèles. C’est le début d’une évolution perpétuelle.

Histoire du dermographe : fouloir dentaire
Fouloir dentaire

Histoire du dermographe, le début d’une nouvelle ère

Samuel O’Reilly et son invention

En 1898, Samuel O’Reilly explique dans un entretien avec un journal, qu’il a expérimenté les deux inventions avant de créer sa propre version de machine. Avec le fouloir dentaire, il peut tatouer un corps intégral en moins de six semaines.

En testant les deux machines, il s’est rendu compte qu’elles étaient trop faibles pour tatouer. Finalement, il a créé son propre modèle après plusieurs essais. Il a déposé son brevet et finalisé sa machine avec un mécanicien habile dénommé John Feggetter Blake, un inventeur, machiniste et illusionniste anglais.

Arrangement mutuel ?

La similitude des inventions de Blake avec le dermographe électrique est particulièrement troublante. En effet, Blake utilise des systèmes de pivots et de leviers pour ses créations. De plus, ce sont les conseillers en propriété industrielle de Blake qui ont soumis le brevet d’O’Reilly en juillet 1991.

Cerise sur le gâteau, Samuel O’Reilly apparaît comme témoin de la demande de naturalisation américaine de Blake. Ce dernier a breveté nombre d’inventions sur le contact électromagnétique après la validation du brevet d’O’Reilly.

Est-ce que Blake a largement contribué à l’invention de la machine électrique ? Est-ce que les 2 hommes avaient passé un accord ?

Histoire du dermographe : John Feggetter Blake
John Feggetter Blake died

Plusieurs brevets rejetés

O’Reilly a modifié sa première machine. Ainsi, il a ajouté un réservoir d’encre et un tube pour passer les aiguilles. Puis, il a créé un système ingénieux d’assemblages de tubes. Il a tenté de résoudre la question du faible mouvement de translation des inventions de Bonwill et d’Edison.

Le va-et-vient de la machine de Reilly a été accentué avec l’ajout d’une came : une pièce de forme arrondie avec une encoche qui sert à transformer un mouvement de rotation en mouvement de translation. Elle est excentrée et fixée au-dessus des aiguilles. Au lieu d’un stylet droit dans la prolongation de la came, un tube contenant les aiguilles est placé à 90° de celle-ci.

Le tube des aiguilles est segmenté avec des pivots. Cette configuration tient compte du levier et du point d’appui qui agissent sur l’extrémité inférieure de la barre d’aiguille. Ainsi, cet assemblage permet d’allonger la course et la relance de l’aiguille.

Deux refus

Au départ, l’Office des brevets n’a pas considéré les améliorations d’O’Reilly comme une innovation à part entière. Aussi, il essuie un refus à son premier dépôt. En effet, son invention ressemblait trop au crayon autographique d’Augustus C. Carey de 1884.

Puis, plus incongru, ils ont refusé un deuxième brevet. En effet, les plans ressemblaient à ceux d’une machine à coudre du Britannique William Henry Abbott. Était-ce là l’influence de Blake ? Je n’ai pas réussi à trouver de dessin de ce dernier brevet.

Histoire du dermographe : Brevet de Samuel O'Reilly
Brevet de Samuel O’Reilly

Samuel O’Reilly, inventeur officiel

En outre, Samuel O’Reilly révise plusieurs fois son brevet avant sa validation définitive. Ce qui semble habituel. Si l’Office des brevets autorise les inventions fondées sur des brevets existants. Cependant, les candidats doivent prouver que leur création est tout à fait nouvelle.

C’est peut-être pour cette raison que les tatoueurs ne déposent pas de brevet. Car la tâche est bien trop complexe. Surtout si les tatoueurs s’inspirent nettement d’une invention existante comme : les fouloirs dentaires, les machines à coudre, les télégraphes, les téléphones etc. Par exemple, Clarence Smith revendique une machine adaptée du stylo d’Edison en 1890. Pourtant, il n’a déposé aucun brevet.

Une évolution perpétuelle

Quels que soient les hommes réellement impliqués dans l’invention de la machine à tatouer, Samuel O’Reilly reste le premier à détenir un brevet d’invention. Ainsi, on le considère comme l’inventeur du dermographe électrique. De plus, Samuel a continué d’expérimenter de nouvelles machines après le dépôt de son brevet.

En effet, en 1897, un article du journal de Nebraska décrit O’Reilly tatouant des tracés ​​avec un stylet muni d’une petite pile à la fin. Puis il remplit les couleurs avec une autre petite machine semblable, munie de plus d’aiguilles. L’utilisation du mot « stylet » dans l’article, laisse penser que c’était un dispositif à manche droite. Il semble qu’O’Reilly eût expérimenté de nouvelles machines issues du fouloir dentaire de Bonwill.

Histoire du dermographe : O’Reilly et Getchell

Le procès

Désormais, la concurrence est rude. En effet, O’Reilly intente un procès à son ancien associé Elmer Ellsworth Getchell. En avril 1899, Samuel dépose plainte à l’encontre de Getchell pour vol de brevet. De plus, il l’accuse de vendre des machines fabriquées sur son modèle dans le Massachussetts et aux alentours. Il affirme que Getchell exploite son invention et gagne de l’argent avec. Installé au 5 chatam square, Elmer déménage dans une nouvelle boutique au n°11… Ambiance. Il engage un avocat et réfute l’accusation de Samuel.

Histoire du dermographe
Procès Samuel O’Reilly / Elmer Getchell

Elmer affirme que sa machine ne reprend nullement tout ou partie de l’invention brevetée par Reilly. De plus, il affirme que Samuel n’a jamais utilisé la machine de son brevet. Car elle était inopérante et inutile dans la pratique du tatouage.

L’affaire est abandonnée après le décès accidentel de Samuel O’Reilly en 1908.

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Article rédigé en 2017 – Merci de ne pas copier coller sans citer de sources. Ce travail de rédaction recoupe articles de presse, livres, blogs sérieux sur le sujet, de sites maritimes, etc… J’ai mis beaucoup de temps à traduire, à comprendre et à recouper les faits que j’aborde ci-dessous. Vous pouvez retrouver ces écrits sous la forme d’un fanzine Tattow Stories 

AlexandraBay

Passionnée de tatouage depuis 20 ans +++ Auteure du livre LOVE, TATTOOS & FAMILY, (ISBN : 2916753214) +++ Co-Fondatrice de FREE HANDS FANZINE +++ TATTOW STORIES +++

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