Special signs par Katarzyna Mirczak

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rédigé par Alexandra Bay

16 septembre 2018

De la poussière des archives à la lumière de la photographie

Diplômée d’archéologie Katarzyna Mirczak a développé une fascination pour les objets d’archives scientifiques et médico-légales. L’ancienne étudiante a photographié des peaux de criminels tatouées, stockées dans les dédales sombres d’une université polonaise. De petits récipients en verre, contenant les peaux bleutées, font d’étranges petites natures mortes.

Texte : @Alexandra Bay – Photos : @Katarzyna Mirczak

Special signs @Katarzyna Mirczak

Special signs : conserver les codes

L’anthropologie médico-légale a marqué ses adeptes. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, recueillir les signes portés par les prisonniers est devenu légion. Dès 1872, le département de médecine légale de l’Université Jagiellonian a constitué ses archives à la prison de Montelupich ou « Kamienica Montelupich » de Cracovie. Ils ont constitué une collection de 60 peaux conservées dans des pots en verre, prévus initialement pour les vésicules biliaires. Ces peaux étaient baignées dans du formol, un procédé utilisé pour leur conservation à long terme.

Quand vous donnez un nom à un corps et déchiffrez le code pénal, vous vous rapprochez, au plus près, de quelque chose d’effrayant qui nous attend tous et auquel nous ne pouvons pas échapper.

Katarzyna Mirczak

Le blog de photojournalisme foto8 indique qu’en 1970, le département de la milice du CSI de Varsovie a publié une analyse. Ce document portait sur plus de 2 300 tatouages, incluant ceux de l’Université de Jagiellonian. « Pendant plus de quatre ans, les chercheurs ont examiné les prisonniers, les soldats et les criminels qui ont purgé des peines en Tchécoslovaquie, en Yougoslavie, en Allemagne et en URSS. Un catalogue qui décrivait précisément les significations de certains tatouages a été créé.« 

Tatouage de femme avec un serpent dans les mains de la série Special signs de Katarzyna Mirczak
Special signs @Katarzyna Mirczak

Une collection scientifique

Katarzyna Mirczak a photographié les peaux tatoués avec une précision « académique », sans fond et sans mise en scène. Elle a ainsi exposé les photographies de 25 pots en verre contenant les peaux tatouées. Sur chaque récipient figurait un prénom, un âge, une cause de décès. De simples mentions pour rappeler l’humanité derrière la peau prélevée. La scientifique a exploré des objets conservés dans des archives institutionnelles rarement accessibles. Elle en a dévoilé une facette sombre de la médecine légale.

Tatouage de sirène de la série Special signs de Katarzyna Mirczak
Special signs @Katarzyna Mirczak

À travers des photographies sobres sur fond blanc, elle a voulu révéler cette dimension cachée de la médecine. Dans une interview donnée au Tygodnik Powszechny, elle explique sa démarche : « Quand vous donnez un nom à un corps et déchiffrez le code pénal, vous vous rapprochez, au plus près, de quelque chose d’effrayant qui nous attend tous et auquel nous ne pouvons pas échapper ».

Site Officiel

Tatouage de fleurs avec une femme de la série Special signs de Katarzyna Mirczak
Special signs @Katarzyna Mirczak
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