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Histoire du tatouage traditionnel Américain

Histoire du tatouage traditionnel Américain : Bowery le refuge du tatouage

Beaucoup de tatoueurs s’installent à Bowery, sur l’île de Manhattan. C’est un quartier de mauvaise réputation : paradis des dépravés comme les marins et les soldats. À cette époque, les tatoueurs et les coiffeurs partagent leur devanture. En effet, c’est l’assurance d’une clientèle régulière pour le tatoueur qui occupe un coin de boutique, généralement située près des bars et des dimes museums. Bowery est aussi le royaume du dixième de dollar (10 cents ou 1 dime).

Avec cette somme, on peut manger de la viande et des légumes, se faire raser, acheter des bretelles, mais surtout se faire tatouer ! Bowery devient le refuge du tatouage. Ainsi, Stanley Moskowitz, ancien apprenti de Charlie Wagner, déclare que le tatoueur proposait encore des tatouages de 10 à 25 cents en 1930. Tandis que certains magasins situés à deux pas, les vendaient pour 1 dollar ! Il raconte aussi que le tatoueur et fabricant de machines Bill Jones avait rendu visite à Charlie avec plusieurs cruches remplies de pièces de 10 et 15 cents pour se faire tatouer.

Située sur une île près des ports, Bowery drainait un grand nombre de voyageurs. La clientèle des tatoueurs était surtout composée de gens de passage comme : les soldats, les marins et les artistes de cirque. Durant l’été, ceux-ci s’exilaient parfois sur Coney Island pour travailler, comme Samuel O’Reilly. Mais c’est Bowery qui reste le témoin privilégié de l’évolution du tatouage.

Histoire du tatouage traditionnel Américain : Coney island, villégiature d’été pour les tatoueurs

Coney Island est une péninsule située à l’extrémité de Brooklyn, New-York. En 1830, c’est la destination favorite des New-Yorkais. Grâce au chemin de fer et au pont de Brooklyn, elle devient un lieu d’amusement très fréquenté. L’île abritera un grand nombre de parcs d’attractions comme : le Steeplechase Park (1897), le Luna Park (1903), le Dreamland (1904), le Deno’s Wonder Wheel Amusement Park (1920), et enfin Astroland, le dernier parc construit en 1962.

Dreamland Big Circus Side-show

Au début du 20ème siècle, Coney Island accueille une attraction indépendante « Dreamland ». L’un de ces premiers parcs de « freaks » propose un village de lilliputiens, une arène d’animaux sauvages et des bébés prématurés sous incubateurs. Malheureusement, le Dreamland brûle en 1911. Ce side-show est si populaire que Samuel Gumpertz, propriétaire de Lilliputia, ouvre le « Dreamland Big Circus Side-show ».

Ses artistes comptent des personnages absolument extraordinaires comme : Lionel l’homme au visage de lion, Zip la tête d’épingle, la femme à 4 jambes, le Capitaine Copp, l’homme tatoué, Bonita, Midget la grosse irlandaise, Ursa la fille de l’ours, Violetta la femme sans membres, mais aussi Jean Carroll. Jean  est passée de femme barbue à femme tatouée, à la demande de sa fiancée contorsionniste.

Le « Dreamland Big Circus Side-show » a tellement de succès que d’autres spectacles de freaks se montent sur Coney Island. En 1922, le professeur Sam Wagner ouvre le World Circus Freak Show : Zip et Pip les têtes d’épingle, les soeurs siamoises Gibbs, l’homme tronc le Prince Randian, des contorsionnistes, des femmes grosses et des nains.

La femme à 4 jambes

Freaks et tatoués

En 1925, The Steeplchase Circus Big Show ouvre près du Steeplechase. C’est la surenchère des personnages étranges : la princesse Marie, la fille aux mille yeux, l’homme autruche, le grand Leroy et Scalo, le garçon phoque. Si la péninsule et les attractions ont attiré les freaks et les tatoué(e)s, les artistes tatoueurs viennent travailler comme « saisonnier » lors des fortes affluences. Ainsi, le tatoueur Samuel O’Reilly y allait régulièrement, mais aussi Max Peltz, Frank Graf, Sailor Don, Bob Wicks et Sailor Ralph. Seul Brooklyn Blackie tient une boutique sur Coney Island.

Flash d'un inconnu Bowery NY - 1920/1930

Histoire du tatouage traditionnel Américain: l’ère de l’industrie

Au début du 20e siècle, lorsque Samuel O’Reilly fabrique la machine électrique. L’écho de cette invention résonne dans tout le pays ! Il embauche alors un apprenti, Charlie Wagner, pour faire face à une clientèle toujours plus nombreuse. Sa popularité s’emballe ! Les marins veulent profiter de cette nouvelle technique. Ils viennent nombreux pour se faire encrer par son dermographe électrique. En 1898, pendant la guerre hispano-américaine, les deux compères alignent les marins pour les tatouer à la chaîne de leurs plus beaux symboles militaires ! Lewis Alberts participe à cette guerre en tant que soldat. Il va aussi laisser son empreinte dans l’industrie du tattoo. On le surnomme « Lew le Juif ».

Lew the jew

Les flashs tattoos

Avec le dermographe électrique, les tatoueurs expérimentés peinent à répondre à la demande croissante d’une nouvelle clientèle. Signe d’un business en pleine expansion, des hommes peu doués en dessin se lancent dans le métier. Ils recopient maladroitement les cartes des professionnels ou les tatouages à même la peau de leur client. Ils encrent des motifs de piètre qualité… Cette dérive contribue à l’évolution de l’industrie du tatouage. C’est l’apparition du flash « tattoos ».

L’utilisation du mot flash est incertaine. Elle provient probablement de la facilité avec laquelle un client peut choisir un motif ou la vitesse à laquelle les tatoueurs l’exécutent, soit « en un éclair/flash ». Ces feuilles réunies dans un carnet, proposent des tatouages traditionnels américains à accrocher aux murs des boutiques. Les clients peuvent choisir le motif qui leur tape dans l’œil. C’est le début de l’uniformisation du style traditionnel américain.

Lewis Alberts dit « Lew le juif »

Lewis Alberts dit « Lew le juif » fait son entrée sur scène. Au lycée, Lewis étudie le dessin et la ferronnerie. Lewis devient designer de papier peint, signe du destin ? Puis, il s’engage dans l’armée et découvre l’art du tattoo aux Philippines. C’est ainsi qu’il attrape le virus du tatouage et se fait piquer de nombreux souvenirs. Doué en dessin, il décide alors de tatouer et exerce ses compétences sur ses camarades militaires.

Après la guerre hispano-américaine, il s’installe dans le quartier de Chatam Square, à New-York. Il tatoue la journée et passe ses nuits à dessiner des flashs de tatouages. Il est précurseur de ce nouveau commerce. Bert Grimm accuse Lew d’avoir volé les designs de Charlie Western pour les revendre à New-York (Tattoo Archive). Quoi qu’il en soit, c’est le 1er tatoueur à apposer son nom sur ses flashs et à les vendre aux autres tatoueurs.

Des motifs de papier peint sur la peau

Des centaines de maîtres tatoueurs dans les ports et les villes américaines possèdent des flashs de Lew le juif. Avec beaucoup d’humour, Albert Parry dit dans son livre « beaucoup de magasins de tatouage les utilisent pour au moins 50% de leur activité. C’est pourquoi le tatouage américain ressemble aux murs de la salle de séjour de votre grand-mère. »

Flash de Lew le Juif – Lewis Albert

C’est le tournant définitif du tatouage traditionnel américain. Le style s’affirme avec des contours noirs épais, et une palette de couleurs limitée au vert, au rouge, au jaune et au bleu. Le tatouage doit être assez gras pour être vu de l’autre côté de la rue. Même si les motifs se sont complexifiés, en comparaison du 19e siècle, ils restent simples à tatouer et visuellement efficaces. Cependant, Lew le Juif n’est pas le seul à avoir apporté sa patte au tatouage traditionnel, au début du 19e siècle. Il y a d’autres tatoueurs légendaires à découvrir comme : Elmer Getchell, Old Dutch, Red Gibbons, Lenora Platt, Bert Grimm, etc.

Histoire du tatouage traditionnel Américain : Percy Waters, 1er fournisseur

Percy Waters est l’un des principaux rivaux de Lew le Juif. Percy travaille dans le commerce de la fonderie. En voyage, il découvre le tatouage grâce aux cirques itinérants. Alors, il décide d’apprendre à tatouer, mais cela reste un hobby. Il finance son matériel de tatouage avec son salaire. C’est ainsi que Percy Waters part à la rencontre des autres artistes tatoueurs, de ville en ville.

Des ennuis ? direction détroit !

Jusqu’au jour où il s’attire des ennuis après avoir tatoué une jeune fille de bonne famille, à Anniston, en 1917. Il s’exile alors à détroit jusqu’en 1930 et s’installe comme tatoueur. En toute modestie, Percy se proclame « World’s Best Electric Tattooer », meilleur tatoueur à la machine électrique et qualifie son tatouage de « High Class Work Only », soit du haut niveau d’ouvrage. De 1918 à 1939, il développe le plus important commerce de fournitures de tatouage. Il fabrique aussi de nombreuses machines à tatouer et reçoit un brevet pour ses idées en 1929.

Percy Waters / Flash @the henry ford blog

Fly-by-nighters

Percy Waters découvre qu’un fournisseur rival a copié son catalogue entier. Ces mêmes rivaux vendent des machines de mauvaise qualité. Plus grave encore, ils facturent des frais supplémentaires pour apprendre aux tatoueurs à les réparer. Aussi, Percy est très critique vis-à-vis du milieu. Il dénonce les « fly-by-nighters » – personne sans scrupules – qui copient et vendent des flashs mal conçus. Il dissèque sans concessions le style hasardeux de ces « copieurs » avec, par exemple, les bateaux à vapeur dont les drapeaux flottent vers le Nord et les nuages de fumée s’envolent au sud.

Pork Chop Sheet

Les tatoueurs peu scrupuleux proposent des flashs de tatouages « Pork Chop Sheet » vendus pour un dollar ou moins. Ces tatouages bon marché leur permettent de gagner rapidement de l’argent et de manger du « Pork Chop Sheet » plutôt que des hamburgers. Sur le prospectus de Percy Waters, on peut lire que s’il propose des miniatures de ses flashs, c’est seulement pour que les tatoueurs puissent les choisir avant l’achat.

Ces miniatures ne rendent pas justice aux dessins originaux dont le design est net et maîtrisé. Si le tatoueur est à l’écoute de sa clientèle, il a donc conscience que ses plus fidèles clients sont aussi sensibles que lui à l’aspect artistique des motifs. Aussi, le tatoueur doit posséder des flashs de bonne qualité pour leur offrir les meilleurs tatouages.

Histoire du tatouage traditionnel Américain : un début d’éthique

Percy Waters est l’un des tatoueurs et fournisseurs phares de la première partie du 19ème siècle. De 1918 à 1939, Percy ouvre deux magasins en plus de son entreprise de vente par correspondance de fournitures de tatouage. Il tient à l’évolution qualitative du tatouage. Avec son entreprise, il vend des kits de démarrage et propose des cours par correspondance. Ces kits sont complets : machine, flashs, encres, pigments, instructions et pochoirs.

De bonnes pratiques pour 1 dollar

Percy transmet les bonnes pratiques en offrant des instructions pour 1 dollar. En contrepartie, il aide les jeunes tatoueurs à se placer dans un carnaval ou un cirque itinérant (Lyle Tuttle 1987). Pour très peu d’argent, voire aucun salaire, les apprentis apprennent à tracer les flashs, à couper les pochoirs, à nettoyer l’équipement, à monter et à régler les machines, à préparer les aiguilles et à passer des commandes.

En plus de former des tatoueurs, Percy le professeur est le premier tatoueur à défendre la sécurité sanitaire de ses clients. Notamment, concernant les pigments « bon marché » vendus par des importateurs peu scrupuleux. Dans son catalogue de 1925, il explique « qu’il faut utiliser uniquement les meilleures couleurs achetées à des négociants fiables.

Encres fiables

Elles sont ainsi chimiquement inoffensives pour la peau. Tandis que les couleurs imitées, vendues par des importateurs prétendus, ne sont rien de plus que de la peinture maison ordinaire et empoisonnent probablement la peau. » Un débat qui n’est donc pas nouveau.

La toxicité des pigments menait parfois à des réactions de peau. Les encres rouges pouvaient contenir un haut niveau de mercure. Il y avait d’autres problèmes menant à des changements de couleurs, voire l’effacement dans le temps. À l’époque de Percy Waters, les encres sont un mélange de pigments ajoutés à une base d’eau distillée et de Listerine.

Encres mélangées

Milton Zeis (1901-1972 Biographie) est l’un des premiers fournisseurs de tatouage à proposer des pigments prémélangés et des flacons individuels. Il crée 14 couleurs dans des bouteilles de compte-gouttes à visser. Depuis longtemps, les tatoueurs professionnels estiment qu’il est important de rassurer les clients sur la qualité de leurs pigments.

Leurs cartes de visite font souvent référence aux pigments qu’ils utilisent. Ainsi, elles constituent une archive intéressante des encres du passé. Les tatoueurs américains utilisaient souvent des encres importées d’Europe ou du Japon.

Rhabiller les Pin-Up !

Retour au début du 20ème siècle ! Quand Samuel O’Reilly meurt en 1908, Wagner reprend le studio de Chatham Square. L’apprenti désormais devenu maître tatoueur, améliore et brevète sa propre machine à tatouer. Il est connu comme ‘25 Cent Charlie Wagner’ car ses tatouages coûtent seulement 25 cents et ses prix déciment la concurrence. De plus le personnage propose des flashs à thème chaque jour, seuls dessins qu’il tatoue.

Circulaire contre la nudité

Charlie Wagner continue de tatouer des marins et plus encore à partir de 1909 ! En effet, le gouvernement publie une circulaire concernant le recrutement de ceux-ci. Elle interdit les tatouages indécents ou obscènes, qui peuvent être un motif de refus. La circulaire laisse quand même la possibilité aux porteurs de pin-up dénudées de les rhabiller.

Dans une interview en 1944, Wagner explique que cette circulaire lui a permis de gagner décemment sa vie. Il a ainsi recouvert de nombreux corps avec de la lingerie, des jupes, des soutiens-gorge, etc. tout ce qui pouvait cacher ces femmes nues jugées « obscènes ». Par ailleurs, Wagner est le 1er tatoueur à pratiquer avec un certain succès le tatouage cosmétique. Il encre les lèvres, les joues et les sourcils féminins.

Chicago, l’autre capitale du tatouage

Chicago est la 2e ville la plus importante dans la scène grandissante du tatouage traditionnel américain. Elle est particulièrement hospitalière pour les tatoueurs avant la fin du 19e siècle. Cette ville industrielle compte un grand nombre de bases militaires. De nombreux tatoueurs s’y installent aux noms réputés : Ernie Stutton, Shorty Schultz, Mose Smith, Professor Hicks, Red Farrell, Jake Kasper, Ralph Johnstone, Captain Jim Malanson.

Bert Grimm – Chicago

Ainsi que Bill Moore qui lance sa propre entreprise de fournitures de tatouages « The Chicago Tattoo Supply House ». Quelques tatoueurs à l’influence majeure vont y faire un passage éclair : Bert Grimm, Sailor Jerry et Mike Malone.

Au début du 20e siècle, la plupart des tatoueurs travaillaient dans le centre-ville, à quelques pas de South State Street. Les tatoueurs les plus connus sont Tatts Thomas, Phil Sparrow et Cliff Raven. C’est une partie malfamée de la ville, avec des bars miteux, des salles de jeux. De nombreux tatoueurs sont installés dans ces salles.

Les clients sont composés à la fois de marins de la base navale de Great Lake Naval Base, d’hommes malchanceux et de quelques femmes. Les nouveaux arrivants qui s’installent dans les flophouses (des chambres bon marché) constituent aussi une bonne clientèle.

Chicago : réaménagement des zones urbaines

En 1963, Chicago a modifié l’âge minimum pour se faire tatouer, passant ainsi de 18 à 21 ans. Une épuration importante de la clientèle que les tatoueurs ont considérée comme un évènement catastrophique. La plupart des tatoueurs ont dû quitter la ville. De plus, des réaménagements urbains ont modifié une grande partie de la rue de South State. Les marins, ivrognes et prostituées ont été remplacés par des habitants de classe moyenne. Cependant, ce renouvellement a apporté une nouvelle clientèle aux tatoueurs comme Cliff Raven et Phil Sparrow. Ce changement a permis aux tatoueurs de créer de nouveaux tatouages plus artistiques, loin des flashs traditionnels.

Histoire du traditionnel amércain

Histoire du tatouage traditionnel Américain les mineurs

Pour revenir aux mineurs, Albert Parry leur consacre un chapitre entier. Plusieurs affaires d’enfants tatoués de force par leurs parents sont publiés dans les journaux. Il s’agit de se faire de l’argent grâce aux cirques itinérants. Puis, il y a les enfants qui veulent se donner une image de dur à cuire comme les marins. C’est parfait pour les tatoueurs inexpérimentés qui ont besoin de peaux vierges. Ils recrutent de nombreux gamins du East Side de New York.

Gamins tatoués

À l’automne 1902, lorsque les écoles de ces quartiers rouvrent leurs portes, les professeurs sont effarés par le nombre d’enfants tatoués. Ils se sont fait piquer durant l’été. Face à ce nouveau phénomène, les professeurs ne réagissent pas, par manque d’expérience. Les enfants vierges de peau copient leurs camarades tatoués. Seul un père juif se plaint car son fils porte désormais un crucifix. Une mère a la mauvaise surprise de découvrir sur son fils une tombe en « sa mémoire » avec l’inscription « To the memory of beloved mother gone to rest ».

Société de prévention de la cruauté

Les professeurs paniqués appellent la Société de prévention de la cruauté envers les enfants. Une enquête est menée. Il y a de nombreuses arrestations et amendes, mais aucune peine de prison pour les tatoueurs. New York et de nombreux états prennent des mesures pour interdire le tatouage sur les mineurs de 18 ans jusqu’au 1er juillet 1932. Les tatoueurs accrochent un panneau d’avertissement sur les murs de leur boutique. Ils ne tatouent pas de mineurs sauf s’ils sont accompagnés par leurs parents.

La grande dépression de 1929

Le crash de 1929 plonge les Américains dans une pauvreté soudaine. Alors que le dermographe électrique avait attiré une nouvelle clientèle, c’est la crise chez les tatoueurs. Seul Charlie Wagner à la bonne réputation et aux prix abordables continue de travailler. Ces tatouages sont les moins chers de la ville. Malgré la dépression, seuls 4 tatoueurs continuent à faire de la publicité pour leur vente par correspondance, dans les journaux nationaux, il s’agit de : Miller de Norfolk, Sergeant Bonzey de Providence, Percy Water à Détroit et William Moore de Chicago Tattoo Supply House.

This is the front page of the New York Times, Oct. 30, 1929, the day the stock market crashed. (AP Photo)

La Seconde Guerre Mondiale : chair fraîche

À cette époque, aucun maître du tatouage new-yorkais ne fait de pub pour son business et pourtant la ville est considérée comme l’épicentre du tatouage. Pour les tatoueurs, une nouvelle guerre apporte son lot de chairs à tatouer : la 2nde guerre mondiale. Les motifs sont plus axés sur l’iconographie de l’US Navy : avions, aviateurs et filles de la croix rouge avec une bannière et la phrase « Rose of no man’s land », etc.. Comme le mentionne Albert Parry dans son livre, chaque guerre a vu émerger son lot de symboles : guerre civile, guerre hispano-américaine, etc.

1ère action en justice

C’est en 1944, que la 1ère action en justice est menée contre un tatoueur. Charlie Wagner est accusé par la ville de New-York de ne pas avoir stérilisé ses aiguilles. Grâce à ses arguments, il est juste condamné à une amende dont le prix est réduit. Charlie Wagner négocie avec le juge, rappelant son travail accompli pour rhabiller les pin-up. Il a permis aux futurs soldats de s’enrôler dans la marine. On peut dire qu’il a participé indirectement à l’effort de guerre. Le juge, clément, prend en considération son discours. Il condamne Charlie Wagner à une peine de 10 dollars et l’ordre de nettoyer son salon de Chatam square. Le tatoueur s’engage aussi à nettoyer ses aiguilles avant chaque tatouage.

Interdiction du tatouage

Après la guerre, les autorités municipales veillent au grain. Elles ont le tatouage dans le collimateur. Elles renforcent les règles sanitaires et obligent de nombreuses boutiques à fermer leurs portes. Bowery est considéré comme le nouveau quartier glauque de New-York. Les tatoueurs pensent que les associations des quartiers voisins souhaitent se débarrasser des indésirables. La ville doit accueillir prochainement un évènement important : l’exposition universelle.

En 1961, une alarme sanitaire signe la fin du tatouage, c’est la propagation de l’Hépatite B à New-York. Une boutique de tatouage de Cosney Island aurait plusieurs clients contaminés par le virus. La ville proscrit alors la pratique du tatouage. De nombreux États et villes interdisent la pratique du tattoo au motif de la résurgence de l’hépatite B : l’Oklahoma, la Virginie, le Massachusetts, le Connecticut, l’Ohio, l’Arkansas, le Wisconsin, le Tennessee et le Michigan.

Hépatite B

Le tatouage est définitivement interdit en 1964. La bureaucratie justifie sa décision avec l’hépatite B, mais aussi l’insalubrité de certains locaux et des pratiques peu hygiéniques. Ils finissent d’appuyer leur argumentation avec le regret des jeunes tatoués. Une cour d’appel soutient cette interdiction, qualifiant la pratique du tatouage de « barbare ».

Les salons de tatouages ferment. Les tatoueurs doivent travailler en toute illégalité. C’est en 1997, sur décision du maire de New-York que les artistes récupèrent leur licence.

Irving Herzberg (1915-1992) – Magasin de tatouage « Cosney Island Freddie » juste avant l’interdiction du tatouage, 1961. @Bibliothèque municipale de Brooklyn

Renaissance du tatouage traditionnel américain

Les tatoueurs qui avaient été formés par la première génération d’artistes, ont donné un 2e souffle au tatouage traditionnel américain ! Nous sommes dans les années 50, les noms résonnent encore dans le milieu.  Il s’agit de : Cap Coleman, Sailor Jerry et leurs apprentis : Ed Hardy, Mike Malone, Paul Rogers, etc… Ces tatoueurs modernisent le traditionnel Américain et finissent de lui donner ses lettres de noblesse.

Honolulu, berceau du renouveau

Si New-York et détroit sont les berceaux du tatouage traditionnel américain. Honolulu va être le tremplin de sa renaissance.

Histoire du dermographe
Sailor Jerry

Et là on parle de l’un de mes tatoueurs fétiches, celui qui a réinventé le traditionnel avec une bonne dose d’humour : Norman Keith Collins aka Sailor Jerry. La citation résume la perception d’un bon tatouage par le tatoueur. La simplicité, audacieuse, est le mot clé d’un bon « design » ou d’une bonne conception (sic. motif).

« Bold simplicity is the keynote to good design » Sailor Jerry

Norman Collins est un sacré baroudeur. À l’adolescence, il voyage dans le pays à bord des trains de marchandises. C’est une pratique courante et Norman rencontre des vagabonds sur lesquels il commence à exercer le tatouage à l’aiguille. Il tatoue à main levée et à l’encre noire. À 17 ans, il rencontre Gibs « Tatts » Thomas et apprend quelques rudiments du dermographe, à Chicago.

US NAVY

À 19 ans, ce jeune homme épris de voyage, s’engage dans l’US Navy. C’est lors de ses missions en Chine et au Japon qu’il va être définitivement imprégné par l’art asiatique. Il va rester un marin toute sa vie. D’ailleurs, son nom de tatoueur rend hommage à la mer : Sailor. Tandis que Jerry est une mule familiale à laquelle son père l’a souvent comparé. Eh oui, le tatoueur a une sacrée personnalité et il est particulièrement têtu.

Sailor Jerry s’installe comme tatoueur dans le quartier de Chinatown à Honolulu dans les années 40. Quelques années plus tard, c’est l’invasion de Pearl Harbor et la guerre contre le Japon. Chinatown va devenir le quartier des marins en congé qui profitent de leurs derniers instants de répit. L’adage est « Stewed, Screwed, and Tattooed » (Saoul, baisé et tatoué).

À cause du couvre-feu, ils profitent de leur temps libre sous le soleil hawaiien. Ils se défoulent dans les bordels légaux, les bars et atterrissent « rue de l’hôtel » chez Sailor Jerry, un tatoueur déjà réputé.

Histoire du traditionnel amércain

Une hygiène irréprochable

Sailor Jerry est un homme droit. Aussi, il respecte scrupuleusement les notions d’hygiène en tatouage. Il est connu comme étant le 1er tatoueur à pratiquer le tatouage avec des aiguilles à usage unique.

L’artiste est aussi le premier à stériliser ses aiguilles et son matériel grâce au système d’autoclave.

Sailor Jerry conserve son matériel de tatouage au « desiccant cabinet ». Une armoire d’entreposage à sec qui évite la propagation de microbes et de moisissure. Pour finir, il conseille ses clients sur la cicatrisation de leur tatouage. Puis, il leur transmet les instructions suivantes.

Un tatoueur novateur et créatif

Sailor Jerry est un créatif et un technicien. Le tatoueur explore constamment de nouvelles pistes pour améliorer son tatouage. Ainsi, il s’approprie le tatouage traditionnel américain qu’il stylise et modernise. Puis, il invente des aiguilles plus fines pour une effraction cutanée moins douloureuse.

De plus, c’est un très bon fabricant de machines. Sa machine phare est la « Bulldog », rééditée par plusieurs fabricants actuels. Perfectionniste, il passe même une licence électronique de 1ère classe en 1960.

Sailor Jerry est très intéressé par les encres. L’artiste recherche toujours de nouveaux pigments de couleurs, qui ne soient pas dangereux pour la peau. D’ailleurs, il les teste sur ses jambes inférieures. Lorsqu’il y a une réaction, il supprime le lot concerné. C’est comme ça qu’il crée une couleur inédite : le pourpre.

Un lien avec le tatouage japonais

Comme certains tatoueurs de la 1ère génération, Sailor Jerry est très à cheval sur le respect du droit d’auteur. Il méprise ceux qu’il appelle les « brains pickers ». Il refuse d’ailleurs de les tatouer.

L’Asie

Il est le premier tatoueur à s’intéresser au tatouage japonais. Dans les années 50 et en dépit des relations tendues après la guerre avec le Japon, il entretient une correspondance avec des maîtres « hori » comme Horiyoshi II et Horihide (Kazuo Oguri).

Il est si impressionné par la maitrise technique de ces tatoueurs, qu’il promet de faire mieux. Norman est un compétiteur dans l’âme. Même s’il a l’humilité d’admettre qu’il peut toujours s’améliorer. Il se fait appeler Hori Smoku. Il entretient aussi un lien avec la Chine et correspond avec le tatoueur Pinky Yan, de Hong-Kong.

Histoire du traditionnel amércain

1ère convention

« If you like my style of work, fine, come to me, but if you want to make me over into your kind of stylist, forget it! » Sailor Jerry

En 1972, il prend en apprentissage Ed Hardy le père du tatouage moderne, et Mike Malone. Il lègue à ces derniers son héritage culturel. Les années 60-70 voient le tournant définitif du traditionnel Américain. Avec l’émergence de la communauté hippie, les Américains éprouvent un nouvel intérêt pour le tatouage asiatique qui dégage une spiritualité plus profonde que le traditionnel Américain.

Article rédigé en 2017 – Merci de ne pas copier coller sans citer de sources. Ce travail de rédaction recoupe articles de presse, livres, blogs sérieux sur le sujet, de sites maritimes, etc… J’ai mis beaucoup de temps à traduire, à comprendre et à recouper les faits que j’aborde ci-dessous. Vous pouvez retrouver ces écrits sous la forme d’un fanzine Tattow Stories

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AlexandraBay

Passionnée de tatouage depuis 20 ans +++ Auteure du livre LOVE, TATTOOS & FAMILY, (ISBN : 2916753214) +++ Co-Fondatrice de FREE HANDS FANZINE +++ TATTOW STORIES +++

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