À tout juste 30 ans, Rób Borbás encre un blackwork dans un esprit gravure. Entre occultisme et macabre, le hongrois tatoue de grosses pièces en noir et gris, avec de subtiles touches de rouge. Ses tatouages hypnotisent, car ils recèlent de petits détails telle une gravure du XVe siècle. On pense forcément au travail d’Albrecht Dürer que le tatoueur admire. On vous présente le travail fin et ouvragé de Rób Borbás, boss du Rooklet Ink, à Budapest.
Interview @Alexandra Bay – Interview pour Tatouage Magazine
Alexandra Bay : Bonjour Rób, merci de nous accorder un peu de ton temps. Pour commencer, peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Quel a été ton parcours jusqu’au tatouage, et comment as-tu développé ton style si singulier ?
Rób Borbás : Bonjour, j’ai 30 ans et je vis à Budapest. Je viens du nord de la Hongrie, d’un petit village dont je suis toujours amoureux. J’y ai passé une enfance merveilleuse. Je travaille comme illustrateur depuis presque 10 ans. De temps en temps, je fais encore des illustrations quand j’en ai le temps. Je suis tatoueur depuis 2012. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et encore plus à faire, rires.
J’ai percé grâce à As I Lay Dying. Je leur ai créé tellement de designs qu’ils m’ont recommandé à de nombreux de groupes.
Rób Borbás
A.B. : Peux-tu me raconter ton parcours artistique ? Quelles ont été tes premières formes d’expression créative, et comment en es-tu venu à adopter le tatouage comme médium principal ?
R.B. : Eh bien, le voyage a été long. Enfant, j’ai dessiné dès que j’ai su tenir un crayon. Cependant, de la maternelle au lycée et bien après, je ne me suis jamais senti assez bon en dessin. C’est un ami qui m’a encouragé à candidater à l’Université des Arts contemporains de Budapest, connue sous le nom de MOME. Je voulais devenir designer d’animation. J’ai été accepté du premier coup et ça m’a choqué, car c’était une école prestigieuse. J’ai passé trois années extraordinaires, mais j’avais la sensation que ce n’était pas ma voie, puis il y a eu la musique.

A.B. : Tu es aussi reconnu pour tes illustrations dans l’univers musical. Comment en es-tu venu à collaborer avec des groupes ou des labels ? Est-ce une passion parallèle qui s’est imposée naturellement, ou un choix délibéré de croiser tes deux univers ?
R.B. : Au cours de ma dernière année à l’université, j’ai joué dans un groupe. Puis, j’ai évolué dans la scène métal underground. J’ai commencé à créer des pochettes d’album et des t-shirts. Le métal n’était pas du tout à la mode, il n’y avait donc pas beaucoup de designers spécialisés en Hongrie. À l’époque de MySpace, de nombreux groupes reconnaissaient mon travail et me commandaient des illustrations. Alors, je me suis inscrit sur Emptees.com et j’ai rencontré le directeur artistique de Bring Me The Horizon. J’ai percé grâce à As I Lay Dying. Je leur ai créé tellement de designs qu’ils m’ont recommandé à de nombreux de groupes. J’ai aussi eu la chance de créer le merchandising de la tournée spéciale « retrouvailles » d’I Killed The Prom Queen. Pendant trois ans, j’ai travaillé pour des centaines de groupes ; certains de mes groupes favoris et certains pionniers comme Metallica, Kreator, etc. En 2011, j’ai réalisé ma première exposition. Ça a ouvert un chapitre surréaliste, mais le meilleur de ma vie, de ma carrière…
A.B. : Que s’est-il donc passé en 2011 ? Est-ce un tournant décisif dans ta carrière ou dans ta vie artistique ?
R.B. : Lors de mon exposition, Zsolt Sarkozi, grand-père du tatouage hongrois, m’a abordé. Après une bonne discussion sur l’art et la musique, il m’a demandé si je voulais rejoindre son équipe et tatouer. J’étais sous le choc, car faire partie de l’histoire de Dark Art Tattoo est un tel privilège. J’étais aussi heureux qu’effrayé. Il m’a donc fallu 8 mois pour me décider et prendre la machine. J’ai fait mon premier tatouage sur un ami. Il n’en avait pas à l’époque, alors c’était très stressant, haha. Après la première ligne, j’ai su que j’avais hâte de plonger dans ce métier !
Je viens d’une famille conservatrice et chrétienne où ces pratiques étaient interdites : les tatouages, les modifications corporelles, etc.
Rób Borbás
A.B. : Justement, comment as-tu découvert l’art du tatouage ? Est-ce que ce sont tes illustrations qui t’y ont naturellement conduit, ou y a-t-il eu un déclic particulier ?
R.B. : Je n’étais pas un grand fan de tatouage. Je les aimais vraiment et j’achetais des magazines quand j’étais plus jeune, mais je n’ai jamais voulu être tatoueur. Je viens d’une famille conservatrice et chrétienne où ces pratiques étaient interdites : les tatouages, les modifications corporelles, etc. C’est probablement à cause de ça qu’elles m’attiraient. Cependant, avec toutes ces barrières, je n’ai jamais pensé devenir tatoueur un jour.

A.B. : Quelles sont tes influences, que ce soit dans l’art, le tatouage ou ailleurs ? Est-ce qu’il y a des artistes, des courants ou des ambiances qui t’inspirent particulièrement ?
R.B. : La liste est sans fin, ha ha. Je suis un grand fan de musique ! Je collectionne les vinyles, je suis toujours à la recherche de nouvelles et bonnes musiques. Plus le son est unique, plus j’adore le découvrir. Le nouvel album d’Author and Punisher tournait en boucle sur mes platines, dernièrement ! The Armed a aussi inspiré certains de mes derniers tatouages. Alors oui, un large éventail de musiques, c’est le top pour mon inspiration ! Encore une recommandation : Portrayal of Guilt… ha ha… une révélation, personnellement ! J’essaie de suivre le travail de nombreux tatoueurs sur les réseaux sociaux.
Mon apprentissage n’a pas été classique. Si je dois être honnête, je le regrette un peu.
Rób Borbás
Ceux que j’admire sont Steve Moore, Greggletron ainsi que Gakkin. En ce moment, il me tatoue le bras et certainement plus de pièces sur le corps à venir ! En illustration, mon héros absolu est Aaron Horkey, ainsi que Brandon Holt. Ils ont ouvert la voie à l’illustration moderne tout en restant fidèles à leurs racines. J’ai aussi des influences évidentes tels que Goya, Gustave Doré et Albrecht Dürer. Je suis amoureux du travail de Jean-Luc Navette, un génie absolu de notre époque ! La liste est interminable et je pourrais l’écrire jusqu’au matin, mais ces créateurs sont mes principales influences, à l’heure actuelle.
A.B. : Comment s’est déroulé ton apprentissage dans le tatouage ? Tu as été formé par quelqu’un en particulier ou tu as appris en autodidacte ?
R.B. : Mon apprentissage n’a pas été classique. Si je dois être honnête, je le regrette un peu. Zsolt m’a fait vraiment confiance. Il m’a permis de travailler à temps plein, même après 2 mois de tatouage. Ma clientèle s’est développée très rapidement. Après 1 an de pratique, j’ai commencé à faire des guests à l’étranger. C’était rapide et fou, j’aurais aimé ralentir un peu. Après plusieurs années de travail, j’ai senti que je devais reprendre et établir de solides bases en tatouage, surtout dans la composition.

A.B. : Peux-tu me raconter l’aventure de Rooklet Ink ? Comment est née ta boutique, et quelle vision avais-tu en la créant ?
R.B. : Après 3 ans chez Dark Art Tattoo, avec ma fiancée Judit, nous avons décidé d’ouvrir notre propre boutique. Nous avons investi toutes nos économies sans savoir qui ferait partie de l’équipe. Nous avons ouvert Rooklet Ink, en août 2015. Mark Pinter, notre ami de longue date, nous a rejoints et a commencé son apprentissage au magasin. Puis, un mois plus tard, Tamas Kiraly a rejoint l’équipe. La team est toujours le même, ce dont je suis très fier. L’année dernière, nous avons déménagé la boutique dans un environnement plus grand et professionnel. Attila Saska nous a rejoints et il a tant donné à la boutique en tant qu’ami et tatoueur !
J’aimerais ajouter une réflexion personnelle. Je ne suis ni un ancien, ni un pionnier, mais ce qui ne change pas au fil des ans, c’est « seul le dur travail est payant ».
Rób Borbás
A.B. : Avec le recul, quel regard portes-tu sur ton parcours artistique et ta carrière dans le tatouage ? Y a-t-il des étapes qui te semblent marquantes ou fondatrices ?
R.B. : J’ai trouvé un équilibre entre le travail et ma vie personnelle. Ce qui est souvent difficile. Je me sens vraiment chanceux. La semaine, avec Judith, nous nous concentrons sur le travail. Et nous réservons le week-end à notre vie personnelle. Nous essayons aussi de prendre une semaine de congé tous les 3 à 4 mois. C’est nécessaire pour toujours garder le bon objectif.
J’aimerais ajouter une réflexion personnelle. Je ne suis ni un ancien, ni un pionnier, mais ce qui ne change pas au fil des ans, c’est « seul le dur travail est payant ».
Rób Borbás
A.B. : Avant de conclure, y a-t-il un dernier mot que tu aimerais partager avec nos lecteurs ou quelque chose que tu n’as pas encore eu l’occasion de dire ?
R.B. : J’aimerais ajouter une réflexion personnelle. Je ne suis ni un ancien, ni un pionnier, mais ce qui ne change pas au fil des ans, c’est « seul le dur travail est payant ». Les gens qui le font pour la gloire ou l’argent facile seront très rapidement déçus. Gardez cela à l’esprit avant de vous couvrir le visage avec des tatouages en tant qu’apprenti et de poster plus de selfies que de dessins ou de tatouages sur vos réseaux sociaux. 🙂
With Love, Robert
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