Yantra The Sacred Ink, de Cédric Arnold

‘Yantra: The Sacred Ink’ est une courte séquence filmée par le photographe reporter Cédric Arnold. Le sujet ? l’encre sacrée de Thaïlande. En 4 min 58, Cédric dévoile toute la spiritualité intense du Sak Yant alternant images de pique sacrée et Khong Khuen, transe de dévots tatoués. Le photographe puriste a utilisé du noir et blanc pour ce film réalisé entre 2008 et 2014. Il devrait être diffusé en version longue un de ces jours (à suivre). Je l’espère vivement.

Reportage au festival Wai Kru

Poulain de l’agence Corbis Sygma, Cédric Arnold arrive à Bangkok, il y a 15 ans. Il travaille alors comme photographe reporter. En 2003, il couvre le festival Wai Kru, à Nakorn Chaisi, pour un magazine. Au temple Wat Bang Phra, il découvre alors le Sak Yant ou tatouage yantra : l’encre sacrée. Ainsi, il confie sur son site qu’il ignorait qu’il se lancerait dans l’un des projets les plus ambitieux de sa carrière, Yantra the sacred ink.

Cédric Arnold présente officiellement son projet photographique le 25 mai 2011. En effet, il est convié à exposer au Centre d’art de l’université Chulalongkorn de Bangkok.

Yantra the sacred ink, un projet de longue haleine

Cédric Arnold raconte ainsi que la première séance de cette série photographique s’est déroulée par hasard. En effet, durant un reportage, il croise la route d’un ouvrier sur un chantier naval. Et c’est ainsi qu’il revient la semaine suivante pour immortaliser les tatouages magiques de l’homme au moyen format.

C’est ainsi que pendant plus de 4 ans, il rencontre et immortalise des boxeurs, des moines, un policier et même un chauffeur de taxi ! Il aura également la chance de se lier avec des maîtres tatoueurs qui le laissent assister aux cérémonies. Exigeant, le photographe sélectionne 25 portraits qu’il trouve intéressants et en retient seulement 15 pour la série finale.

Passage obligé, l’exposition  Tatoueurs, Tatoués du musée du quai branly présentait certains clichés du photographe. Sinon Cédric Arnold est résident de la Galerie Olivier Waltman, à Paris.

Voici quelques clichés pris lors de sa venue à Paris :

Portrait Cédric Arnold - @Alexandra Bay

Une histoire du tatouage au XXème siècle – Julien Croyal

Une histoire du tatouage au XXe siècle est une animation réalisée par Julien Croyal, graphiste et illustrateur parisien et Chifumi. Dans cette vidéo de 5 minutes 39, l’histoire du tatouage se déroule sous nos yeux. En effet, un bras tient un chronomètre et lance la cadence. Au travers des époques et des continents, les motifs du genre se dévoilent au rythme de la musique : des biribis aux prisonniers russes.

Texte : Alexandra Bay – Article publié sur Inkage et Jeter L’encre

Histoire d’une collaboration

Julien Croyal suit des études aux beaux-arts de Lorient puis à Mulhouse. Il rencontre alors Chifumi. Avec une personnalité bien affirmée, Chifumi se spécialise dans le collage façon street art. Son projet artistique est axé sur de longs bras couverts de tatouages. Ainsi, il y répète souvent le même mot dans différentes polices de caractères. Son propos ? La vie urbaine, sa violence quotidienne et ses codes.

Source d’inspiration, Julien Croyal reprend l’idée ingénieuse du bras de Chifumi pour son animation. Ainsi, débute la collaboration des deux hommes. Le projet aboutit en 2010. Julien Croyal termine alors ses études. En 2012, ils diffusent la vidéo à l’Ecurie Galerie, en Bretagne. Mais les garçons aimeraient pouvoir la diffuser plus largement. Alors, le support du web s’impose à eux.

une histoire du tatouage au XXe siècle

Une animation soigneusement réalisée

Sur fond musical de Black Rebel Motorcycle, le bras de Chifumi lance le top départ. C’est sur cette cadence que défilent les motifs les uns après les autres, dans un ordre chronologique bien précis. Les motifs sont soigneusement choisis. En effet, ils sont parfaitement représentatifs des époques choisies. Pourtant, Julien Croyal n’était pas du tout familier du monde du tatouage.

Son lien avec le tatouage ? Chifumi. Ainsi, c’est sa machine qu’on entend dans l’animation. D’ailleurs, Julien Croyal confie au sujet d’un éventuel premier tatouage : « J’attends que Chifumi rentre du Cambodge pour qu’il me fasse mon premier à prix d’ami… J’ai quelques idées… plutôt une succession de petits trucs. Je crois que j’aurai du mal à déléguer la création du dessin à quelqu’un d’autre que moi. »

Découverte d’une culture

Pour la réalisation de cette animation, Julien Croyal a dû procéder à de nombreuses recherches. En effet, il explique : « En démarrant ce projet, je n’étais pas du tout familier avec l’univers du tatouage. Mais j’avais envie d’en savoir plus, d’aller plus loin que le côté un peu gratuit, voire kitch de cette pratique et aussi de ne pas m’y aventurer à l’aveugle, par simple effet de mode.  

Le côté crypté, le fait qu’on utilise la peau pour faire passer un message ou comme un espace dévolu à la mémoire avec des codes particuliers, m’intéressait. Les trois tomes de Russian criminal tattoo étaient sortis chez Fuel. Et l’univers graphique de quelqu’un comme Dave Decat suggéraient qu’il se jouait là quelque chose qui allait au-delà de la simple coquetterie.

Une histoire du tatouage douloureuse

Il enchaîne à ce sujet et constate : « Une époque où être tatoué était le signe d’une condamnation, qu’on était mal né ou qu’on avait mal tourné sans possibilité de rédemption (pas de laser à l’époque…). Je me suis surtout documenté sur Internet. J’ai vu « The mark of Cain » d’Alix Lambert, les dessins de Danzig Baldaev (sa série sur le goulag aussi). Et je me suis depuis procuré d’autres livres comme « Les vrais, les durs, les tatoués » de Jérôme Pierrat et Eric Guillon et « À fleur de peau, médecins, tatouages et tatoués » aux éditions Allia, surtout pour en savoir plus sur les Français, les Apaches et Biribi. »

Une chronologie précise

Julien Croyal a parfaitement réfléchi la chronologie de son animation. Ainsi, il confie : « L’animation commence à une époque située entre la fin du XIXe et la veille de la Première Guerre mondiale  en France. Comme je voulais évidemment montrer les tatouages russes qu’on connaît particulièrement dans l’époque de gouvernance de l’URSS par Staline.

J’ai pensé doubler la progression temporelle d’une progression géographique. On traverse donc l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale pour rejoindre la Russie. J’ai dû faire preuve d’invention pour l’Allemagne qui est maigre en documentation à ce sujet, qui devait y être plus tabou qu’ailleurs. »

Une progression historique bien pensée

« Ensuite, c’est assez naturellement que le trajet se poursuit, les tatouages japonais ne m’intéressent pas tellement, peut-être trop bavards, massifs. Et je préfère les films de cow-boys à ceux de samouraïs. Mais je passe par le Japon pour aller aux USA, en dessinant des tatouages marins à cette occasion.

Les peintures des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale auraient fait de bons tatouages. J’en profite pour situer la fin de mon récit à la fin de ce conflit avec le bombardement du Japon. L’histoire n’aurait pas pu continuer au-delà, elle marque la fin d’une période de tragédies pour le monde occidental et l’entame d’une période de paix relative au cours de laquelle le statut du tatouage change progressivement. »

Une histoire du tatouage au XXe siècle – Son époque préférée ?

Lorsque je lui demande quelle époque Julien a préféré représenter, il me répond « Les Russes sont ceux qui expriment le plus de fantaisie dans le désespoir. C’est une des choses qui marque le plus. Cela et le caractère explicite de beaucoup de leurs tatouages, j’ai un peu fait l’impasse dessus dans mon animation. Viennent ensuite les Français avec un usage de la langue assez beau, sans chichis et les portraits de femmes et de généraux dont j’apprécie les maladresses. Enfin, j’aime beaucoup certains tatouages des USA qui rappellent la fraîcheur des tous premiers dessins animés américains. »

Et le tatouage actuel ?

Et le tatouage actuel ? Julien avoue qu’il n’est pas vraiment fasciné par la technique ; alors le réalisme, très peu pour lui… « Un portrait hyper-réaliste avec une gestion des couleurs digne de l’imprimante la plus sophistiquée ne m’intéresse pas vraiment, je préfère les petites histoires. […] La maladresse du trait raconte déjà une histoire. « 

En effet, il préfère l’insolence d’un Fuzi UVTPK ou la performance d’un David Shrigley : « J’aime bien aussi quand le dessinateur David Shrigley s’improvise tatoueur avec son pinceau sur la peau des visiteurs d’un salon d’art, avec ses blagues potaches… J’aime aussi… C’est encore mieux quand le visiteur en question se fait vraiment tatouer le dessin réalisé alors que Shrigley lui-même n’y est pas tellement favorable. »

Une évolution du tatouage en France

Pour conclure sur une évolution de la culture tatouage en France, Julien Croyal livre son hypothèse :  » Je ne peux pas livrer un véritable avis sur l’évolution du tatouage. Mais je pense que la France, avec toute sa culture graphique est forcément un terreau fertile à l’éclosion de talents dans ce domaine. Comme je préfère les motifs un peu sobres avec une dimension historique. Je peux citer Jean-Luc Navette ou Thomas Hooper parmi les choses que j’aime, mais, c’est en oublier beaucoup d’autres. »

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