Histoire du tatouage

Insoumises et tatouées, histoire de prostituées 2/2

Alexandra Bay

Insoumises et tatouées, deuxième partie

À la fin du 19e siècle, adepte du réglementarisme (qui encadre la prostitution légale), l’écrivain « historien » français Maxime Du Camp recense environ 120 000 insoumises à Paris. Dans la capitale, ces femmes se prostituent en toute illégalité. Elles ne sont pas enregistrées à la préfecture et contrairement aux filles à carte, ne subissent pas les visites gynécologiques régulières pour la vérification des maladies vénériennes.

Texte : Alexandra Bay – Article publié dans Tatouage Magazine

Les insoumises effraient les moralistes, incontrôlables comme la syphilis qui se propage dans les foyers les plus honnêtes. Il faut dire que posséder une carte est contraignant, car c’est une inscription à vie sur les registres de la préfecture de police. Seul l’amant peut demander une radiation, suivie d’une période de probation de 3 à 9 mois. La femme qui devient « honnête » se voit stigmatiser par cette inscription, sans parler des tatouages. Certaines écrivent des courriers aux préfets et les supplient d’être rayées définitivement des registres.

Jean-Baptiste Alexandre – Distribution des prostituées à Paris en 1836 – @Cornell University Library

Saint-Lazare

Le phénomène des « insoumises » intéresse le médecin français Oscar Commenges. Il fréquente Saint-Lazare, à Paris. L’hôpital-prison soigne les maladies vénériennes et accueille les jeunes femmes placées sous correction paternelle. C’est parfois le refuge de l’insoumise qui veut échapper à son souteneur violent. Le médecin va étudier le profil de plus de 2368 prostituées illégales. Il recoupe ensuite toutes les informations pour en dresser un portrait précis : son âge, ses origines sociales, etc.

Sous l’influence d’Alexandre Parent du Châtelet et de son rapport sur la prostitution légale à Paris, Oscar Commenges publie en 1897 une analyse intitulée « Hygiène sociale. La Prostitution clandestine à Paris. » Le médecin explique les raisons de cette forme de prostitution : « Paresse, vanité, et désir de briller, l’abandon d’une première faute et la grossesse qui en a été la conséquence, l’inconduite des parents, les mauvais traitements subis dans les familles, les mauvaises fréquentations, l’influence des camarades, l’insuffisance du travail, la misère. » Elles occupent des emplois désormais disparus comme allumettières, feuillagistes, culottières, peintres en éventails, etc….

Un arrivage de prostituées à Saint-Lazare. L’hôpital-Prison y soigne les détenues ou les condamne pour prostitution clandestine – Journal L’illustration du 13 février 1897

Abonnez-vous !

Si vous aimez mes articles, je vous remercie de vous abonner à ma lettre mensuelle d'informations !

Loading...

Laisser un commentaire

error: Ce contenu est protégé.

En savoir plus sur Tattow Stories

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Continue reading