Bård Tjelta, un tatoueur DIY

Bård Tjelta est résident au « Serpent Twin Tattoo Collective » à Oslo. L’homme de 38 ans a grandi dans une forêt en Norvège. Enfant, il pratique les arts sans limites et prend vite goût à cette liberté d’expression. Adolescent, la scène punk DIY devient son nouveau terrain d’expérimentations : musique, fanzinat, etc. Depuis, Bård s’est lancé dans le tatouage grâce à son âme sœur, Mariñe Perez. Ensemble, ils s’adonnent à l’art de l’encre avec passion.

Bård Tjelta - Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018
Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018

Enfant de la forêt

Bård Tjelta connaît une enfance heureuse dans la banlieue de Blystadlia, située dans une forêt près d’Oslo. Il passe son temps à jouer au milieu des arbres. La nature est son univers. Bård est un gamin créatif. Le tatoueur confie  : « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours dessiné. Quand je m’ennuyais à l’école, je gribouillais dans mes manuels scolaires. Très tôt, j’ai commencé à m’exprimer à travers différents médiums comme l’aquarelle, l’illustration et l’estampe. C’est devenu un moyen de canaliser des émotions que je n’arrivais pas à extérioriser. »

Une personnalité complexe que Bård dévoile avec un certain mysticisme : « Mon nom est ancien dans la culture nordique. Bård vient de Badr et Fridr, ce qui signifie guerre et paix, tandis que Tjelta désigne la poignée de l’épée. Mon signe représente la lutte des Gémeaux. »

Nous avons construit notre studio, notre salle de répétition et nos maisons. Certains amis vivaient dans les arbres. »

Bård Tjelta tatouage
Bård Tjelta @bardtjelta

La scène punk DIY

Bård est un adolescent à fleur de peau. À l’âge de 11 ans, il choisit une nouvelle catharsis, la musique. Il joue dans son premier groupe à 13 ans. Il écrit des paroles, des poèmes et dessine. Passionné par les arts, Bård intègre une école pour en faire son métier. Cependant, il ne se sent pas à sa place et abandonne. Il découvre un slogan qui va changer sa vie « Fais-le toi-même » — « Do it yourself » — « DIY ». Un mouvement culturel issu du punk qui privilégie la créativité et le savoir-faire artisanal à l’argent.

Il se remémore « J’ai commencé à jouer à “La Casa Fantom”. Nous avons tout créé : la musique, les enregistrements, nos propres cabines etamplificateurs. Le batteur de mon groupe a acheté un terrain dans la forêt avec une cabane pourrie. Nous nous sommes installés là-bas. Nous avons construit notre studio, notre salle de répétition et nos maisons. Certains amis vivaient dans les arbres. »

J’ai fait un fanzine “Fredløs” qui signifie “sans paix” en norvégien. C’est également le mot pour “hors-la-loi”.

Bård Tjetla
Bård Tjelta – Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018

Une vie artistique intense

La scène DIY est un vaste réseau. Le groupe de Bård fait des tournées dans plus de 30 pays, soit plus de 600 concerts. Il rencontre d’autres musiciens qui pratiquent la sérigraphie et écrivent des fanzines. Le tatoueur évoque ces années : « Cela a eu un impact énorme sur moi. J’ai fait un fanzine “Fredløs” qui signifie “sans paix” en norvégien. C’est également le mot pour “hors-la-loi”. Je faisais des fanzines de dessins et de bandes dessinées. J’organisais une exposition de tirages originaux à chaque nouvelle publication. J’ai aussi fait des affiches de concerts et des illustrations pour mon groupe et d’autres groupes. »

À ce moment-là, Bård ne vit pas de son art, mais ça lui convient très bien. Il travaille à temps partiel dans une école pour enfants autistes. Le « DIY » donne du sens à sa vie. Il crée ses œuvres avec passion et investissement, sans avoir à se vendre. C’est pour cette raison qu’il a quitté les bancs de l’école d’art, en rupture avec ses convictions.

J’ai fait mon premier tatouage à 18 ans. Un collègue avait une machine à tatouer chez lui.

Bård Tjelta tatouage
Bård Tjelta @bardtjelta

Premiers pas vers l’encre

Et le tatouage ? Bård voulait un énorme tribal sur tout le bras et jusqu’au cou ! Heureusement, il n’a pas le budget. Le tatoueur se remémore « J’ai fait mon premier tatouage à 18 ans. Un collègue avait une machine à tatouer chez lui. Je me souviens de la douleur aiguë et lorsque j’ai commencé à transpirer. J’avais dessinémon motif et j’étais tellement fier ! Par contre, ma mère ne l’était pas… » Bård enchaîne les petits motifs, uniquement des créations personnelles.

Puis, il décide d’économiser pour sa première grosse pièce. Il raconte : « Je n’oublierai jamais. Je suis arrivé chez mon tatoueur avec un énorme motif géométrique que j’avais dessiné. Je lui ai dit que je le voulais sur mes côtes. Je me souviens combien j’ai souffert dès la première ligne. Une fois le dessin encré, j’étais tellement excitée par les endorphines et l’adrénaline que j’ai dû attendre un moment avant de rentrer à la maison en voiture. »

Si l’expérience s’avère intense, Bård ne se projette pas comme tatoueur. Il confirme : « Je me disais qu’il fallait être un dessinateur extraordinaire, puis devenir l’apprenti d’un autre tatoueur. Un travail non rémunéré qui pouvait durer plusieurs années. Je n’avais pas cette possibilité. »

Nous avons passé du temps avec les tatoueurs, à leur poser des questions et à apprendre des techniques. […]

Bård Tjelta tatouage
Bård Tjelta @bardtjelta

Âme sœur de tatouage

C’est un coup de foudre qui va sceller son destin de tatoueur. Elle s’appelle Mariñe Perez. Tout comme lui, c’est une artiste passionnée. Elle a étudié la peinture à l’académie des beaux-arts de Bilbao. Bård la rencontre en tournée. Il a la trentaine et pratique le handpoke. En effet, une amie lui encre une combinaison de runes au faisceau d’aiguilles 5RL. Cette dernière lui explique la technique, visionnée sur une vidéo YouTube. Elle lui donne des aiguilles et de l’encre. Il s’exerce sur ses jambes, puis sur des cobayes qui apprécient son travail d’illustration.

Bård se lance dans le tatouage électrique avec sa belle : « Lors d’une tournée avec mon groupe, j’ai rencontré mon âme sœur, Mariñe Perez. Ensemble, nous avons pris le tatouage très au sérieux. Nous avons visité des studios, passé du temps avec les tatoueurs, à leur poser des questions et à apprendre des techniques. […] Nous avons économisé de l’argent.

Puis, nous avons acheté de bonnes machines et tout le matériel nécessaire. Nous avons appris l’hygiène, la contamination croisée et les processus de guérison. Nous avons vu l’opportunité que cela devienne notre profession. »

C’est très important pour moi de travailler dans un environnement où je n’ai pas à faire face à de conneries telles que le racisme, l’homophobie ou le sexisme.

Bård Tjelta - Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018
Bård Tjelta – Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018

Tatouage et éthique

Au Pays basque, ils participent au Tattoo Circus, une convention de tatouage alternative. Initiative DIY, l’évènement regroupe des artistes tatoueurs, perceurs, groupes de musique, etc. Tous les festivaliers interviennent bénévolement. Puis les fonds sont reversés en faveur de prisonniers politiques. Au cours de ces évènements, le couple découvre d’autres tatoueurs. Bård et Mariñe continuent leur apprentissage au fil des rencontres. La scène DIY et les réseaux sociaux leur permettent bientôt d’être régulièrement invités en France et dans d’autres pays.

Le couple ouvre alors « Casa del arbol tattoos and drawings » en Norvège. Leur studio est installé dans une cabane, dans la forêt. Pendant qu’ils tatouent, les gens ont une vue privilégiée sur la nature. Si les conditions sont idéales, ils se sentent bientôt à l’étroit. Ils partent alors travailler à Oslo, au « The Serpent twin tattoo collective ». C’est un studio qui fonctionne comme un collectif. Les 9 tatoueurs partagent les responsabilités et les dépenses. Il n’y a pas de patron. L’art reste au centre de leurs préoccupations.

Bård se sent bien dans ce lieu. Il explique : « C’est très important pour moi de travailler dans un environnement où je n’ai pas à faire face à de conneries telles que le racisme, l’homophobie ou le sexisme. Je ne veux pas que mes clients supportent ça. Lorsque vous vous faites tatouer, vous êtes très exposé. Vous êtes parfois tout nu et vous avez mal. J’ai besoin d’un environnement de confiance pour les personnes que je tatoue. »

“J’aime aussi les runes que nous avons dans notre culture. Ce premier alphabet a été créé en l’an 400 après le J.C. Il se nomme Futhark.

Bård Tjelta tatouage
Bård Tjelta @bardtjelta

Des influences folks

Bård Tjelta est attiré par les arts folks du monde entier : les broderies estoniennes, les masques africains, les imprimés inuits, les sculptures en bois des églises… Cela donne un aspect primitif à son art et il aime cet aspect authentique. Il explique : « Cela donne l’impression de quelque chose d’ancien, qui a toujours été là… Comme regarder le feu…. J’aime aussi les runes que nous avons dans notre culture. Ce premier alphabet a été créé en l’an 400 après le J.C. Il se nomme Futhark. Comme de nombreuses cultures anciennes, l’art d’écrire n’était pas très développé.

Il était donc plus important de se souvenir et de raconter des histoires que de les écrire. Les Runes sont associées à la magie. Chacune d’elles a son nom et sa signification. Comme elles ont été sculptées dans le bois et la pierre, elles sont également toutes formées de lignes droites. En les combinant, vous obtenez des symboles pleins de puissance et significatifs, ainsi que des géométries magnifiques. Bård est fasciné par les illustrations animalières de John James Audubon.

En dessin, le tatoueur est très exigeant et l’opinion de Mariñe compte. Avec son expérience de peintre, elle lui a beaucoup appris comme l’harmonie des couleurs ou de la composition. Bård dessine ses motifs avec illustrator. Il simplifie les détails. Il joue ensuite avec les textures et les couleurs. Il essaie de créer de belles formes, mais il reste un éternel insatisfait. Il passe autant de temps à réaliser un motif qu’à le tatouer. Il tient à rester critique vis-à-vis de son travail qu’il remet constamment en question. Il veille aussi à ce que ses tatouages soient en harmonie avec les lignes du corps.

En France, j’ai toujours admiré Lionel Out of Step. Il fait de belles créations à partir de si peu de lignes. Yann Black est aussi un autre grand artiste et pionnier.

Bård Tjelta - Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018
Bård Tjelta – Portrait réalisé pour Tatouage Magazine Hors-Série Hiver 2018

Pionniers du tatouage contemporain

Avec leur style de tatouage, Bård Tjelta et Mariñe Perez font office de pionniers en Norvège. Bård explique ainsi que la scène norvégienne est plutôt axée sur le traditionnel ou le réalisme. De nombreux artistes modernes l’inspirent. Bård conclut “Je regarde beaucoup le travail de Winston the Whale. Il est très doué dans l’utilisation de textures. Il a des designs incroyables. David Cote crée aussi de superbes compositions. Error a un tel sens du dessin et de la simplification. Chanok a une folie incroyable ainsi que Teide et Deno.

Leur approche psychédélique de la vieille école est vraiment libératrice. Maraden tattoo (Russie), Loreprod (Italie), Timur Lysenko (Ukraine) et Surowiec (Pologne) sont des artistes que j’apprécie beaucoup. Tayri Rodriguez a une belle approche du tatouage. J’aime le style d’Helio Blunt et Aleksy Marcinow. En France, j’ai toujours admiré Lionel Out of Step. Il fait de belles créations à partir de si peu de lignes. Yann Black est aussi un autre grand artiste et pionnier. Je suis également très inspiré par Rion et Bouits de Paris. Je pourrais encore continuer pendant des heures.”

Site officiel : www.facebook.com/bard.tjelta

Instagram : @bardtjelta

Email : bardtjelta@gmail.com

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ALEXANDRA BAY
Je suis tombée amoureuse du tatouage à l'âge de 17 ans. J'ai 42 ans et j'écris pour Tatouage Magazine.
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