Une histoire du tatouage au XXème siècle – Julien Croyal

Une histoire du tatouage au XXe siècle est une animation réalisée par Julien Croyal, graphiste et illustrateur parisien et Chifumi. Dans cette vidéo de 5 minutes 39, l’histoire du tatouage se déroule sous nos yeux. En effet, un bras tient un chronomètre et lance la cadence. Au travers des époques et des continents, les motifs du genre se dévoilent au rythme de la musique : des biribis aux prisonniers russes.

Texte : Alexandra Bay – Article publié sur Inkage et Jeter L’encre

Histoire d’une collaboration

Julien Croyal suit des études aux beaux-arts de Lorient puis à Mulhouse. Il rencontre alors Chifumi. Avec une personnalité bien affirmée, Chifumi se spécialise dans le collage façon street art. Son projet artistique est axé sur de longs bras couverts de tatouages. Ainsi, il y répète souvent le même mot dans différentes polices de caractères. Son propos ? La vie urbaine, sa violence quotidienne et ses codes.

Source d’inspiration, Julien Croyal reprend l’idée ingénieuse du bras de Chifumi pour son animation. Ainsi, débute la collaboration des deux hommes. Le projet aboutit en 2010. Julien Croyal termine alors ses études. En 2012, ils diffusent la vidéo à l’Ecurie Galerie, en Bretagne. Mais les garçons aimeraient pouvoir la diffuser plus largement. Alors, le support du web s’impose à eux.

une histoire du tatouage au XXe siècle

Une animation soigneusement réalisée

Sur fond musical de Black Rebel Motorcycle, le bras de Chifumi lance le top départ. C’est sur cette cadence que défilent les motifs les uns après les autres, dans un ordre chronologique bien précis. Les motifs sont soigneusement choisis. En effet, ils sont parfaitement représentatifs des époques choisies. Pourtant, Julien Croyal n’était pas du tout familier du monde du tatouage.

Son lien avec le tatouage ? Chifumi. Ainsi, c’est sa machine qu’on entend dans l’animation. D’ailleurs, Julien Croyal confie au sujet d’un éventuel premier tatouage : « J’attends que Chifumi rentre du Cambodge pour qu’il me fasse mon premier à prix d’ami… J’ai quelques idées… plutôt une succession de petits trucs. Je crois que j’aurai du mal à déléguer la création du dessin à quelqu’un d’autre que moi. »

Découverte d’une culture

Pour la réalisation de cette animation, Julien Croyal a dû procéder à de nombreuses recherches. En effet, il explique : « En démarrant ce projet, je n’étais pas du tout familier avec l’univers du tatouage. Mais j’avais envie d’en savoir plus, d’aller plus loin que le côté un peu gratuit, voire kitch de cette pratique et aussi de ne pas m’y aventurer à l’aveugle, par simple effet de mode.  

Le côté crypté, le fait qu’on utilise la peau pour faire passer un message ou comme un espace dévolu à la mémoire avec des codes particuliers, m’intéressait. Les trois tomes de Russian criminal tattoo étaient sortis chez Fuel. Et l’univers graphique de quelqu’un comme Dave Decat suggéraient qu’il se jouait là quelque chose qui allait au-delà de la simple coquetterie.

Une histoire du tatouage douloureuse

Il enchaîne à ce sujet et constate : « Une époque où être tatoué était le signe d’une condamnation, qu’on était mal né ou qu’on avait mal tourné sans possibilité de rédemption (pas de laser à l’époque…). Je me suis surtout documenté sur Internet. J’ai vu « The mark of Cain » d’Alix Lambert, les dessins de Danzig Baldaev (sa série sur le goulag aussi). Et je me suis depuis procuré d’autres livres comme « Les vrais, les durs, les tatoués » de Jérôme Pierrat et Eric Guillon et « À fleur de peau, médecins, tatouages et tatoués » aux éditions Allia, surtout pour en savoir plus sur les Français, les Apaches et Biribi. »

Une chronologie précise

Julien Croyal a parfaitement réfléchi la chronologie de son animation. Ainsi, il confie : « L’animation commence à une époque située entre la fin du XIXe et la veille de la Première Guerre mondiale  en France. Comme je voulais évidemment montrer les tatouages russes qu’on connaît particulièrement dans l’époque de gouvernance de l’URSS par Staline.

J’ai pensé doubler la progression temporelle d’une progression géographique. On traverse donc l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale pour rejoindre la Russie. J’ai dû faire preuve d’invention pour l’Allemagne qui est maigre en documentation à ce sujet, qui devait y être plus tabou qu’ailleurs. »

Une progression historique bien pensée

« Ensuite, c’est assez naturellement que le trajet se poursuit, les tatouages japonais ne m’intéressent pas tellement, peut-être trop bavards, massifs. Et je préfère les films de cow-boys à ceux de samouraïs. Mais je passe par le Japon pour aller aux USA, en dessinant des tatouages marins à cette occasion.

Les peintures des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale auraient fait de bons tatouages. J’en profite pour situer la fin de mon récit à la fin de ce conflit avec le bombardement du Japon. L’histoire n’aurait pas pu continuer au-delà, elle marque la fin d’une période de tragédies pour le monde occidental et l’entame d’une période de paix relative au cours de laquelle le statut du tatouage change progressivement. »

Une histoire du tatouage au XXe siècle – Son époque préférée ?

Lorsque je lui demande quelle époque Julien a préféré représenter, il me répond « Les Russes sont ceux qui expriment le plus de fantaisie dans le désespoir. C’est une des choses qui marque le plus. Cela et le caractère explicite de beaucoup de leurs tatouages, j’ai un peu fait l’impasse dessus dans mon animation. Viennent ensuite les Français avec un usage de la langue assez beau, sans chichis et les portraits de femmes et de généraux dont j’apprécie les maladresses. Enfin, j’aime beaucoup certains tatouages des USA qui rappellent la fraîcheur des tous premiers dessins animés américains. »

Et le tatouage actuel ?

Et le tatouage actuel ? Julien avoue qu’il n’est pas vraiment fasciné par la technique ; alors le réalisme, très peu pour lui… « Un portrait hyper-réaliste avec une gestion des couleurs digne de l’imprimante la plus sophistiquée ne m’intéresse pas vraiment, je préfère les petites histoires. […] La maladresse du trait raconte déjà une histoire. « 

En effet, il préfère l’insolence d’un Fuzi UVTPK ou la performance d’un David Shrigley : « J’aime bien aussi quand le dessinateur David Shrigley s’improvise tatoueur avec son pinceau sur la peau des visiteurs d’un salon d’art, avec ses blagues potaches… J’aime aussi… C’est encore mieux quand le visiteur en question se fait vraiment tatouer le dessin réalisé alors que Shrigley lui-même n’y est pas tellement favorable. »

Une évolution du tatouage en France

Pour conclure sur une évolution de la culture tatouage en France, Julien Croyal livre son hypothèse :  » Je ne peux pas livrer un véritable avis sur l’évolution du tatouage. Mais je pense que la France, avec toute sa culture graphique est forcément un terreau fertile à l’éclosion de talents dans ce domaine. Comme je préfère les motifs un peu sobres avec une dimension historique. Je peux citer Jean-Luc Navette ou Thomas Hooper parmi les choses que j’aime, mais, c’est en oublier beaucoup d’autres. »

Gakkin, tatoueur free hand

Gakkin nous présente son univers dans une vidéo à l’ambiance dark et envoûtante. En 5 minutes et 13 secondes, Chromon Films retranscrit parfaitement l’identité visuelle de l’artiste : superpositions d’images triturées et déhanchés sensuels d’Aimi. Ce teaser officiel dévoile un univers obscure. Sur fond de musique expérimentale, on observe Gakkin à l’œuvre sur de grosses pièces. Ainsi, on peut admirer les corps entièrement recouverts par l’encre barrée du génie.

Vidéo officielle du tatoueur

Au début de la vidéo, le logo du tatoueur japonais s’affiche. Entouré d’un cadre rouge sang, il clignote comme une enseigne lumineuse abîmée. Le modèle tatoué Aimi masqué d’un bandage hospitalier est couché derrière des barreaux. Cette mise en scène est dans un pur esprit fétichiste japonais. Une mise en abîme sensuelle avec le corps gracile d’Aimi dévoile le travail de Gakkin d’un noir profond.

Son modèle fétiche se déhanche et prend des positions suggestives. Une sensualité qui est contrebalancée par une superposition d’images tachées, brûlées et en négatif. Des prises de vue léchées se mêlent à l’étrange mise en scène. On observe Gakkin à l’œuvre, dessin à main levée et encrage.

Aimi, icône du tatoueur

Tout en contraste, les longs travellings caressent les corps masculins tatoués tout en alternant avec les déhanchés hyper sexualisés d’Aimi. Le corps du modèle sert de support visuel à l’art décalé du tatoueur. De gros plans sur son corps dévoilent des pièces originales stylisées : une pieuvre, un rat, un plat japonais, etc.

Au rythme d’une note de piano envoûtante, Gakkin exécute au feutre des motifs graphiques sur un dos complet. Il trempe ses aiguilles dans l’encre noire. Plan de vue en slow motion durant la pique… Zoom sur son plan de travail. L’univers du tatoueur s’imprègne en nous.

La vidéo oppose : masculinité et féminité, intimité et distance au modèle, tatouage graphique et traditionnel. Cette « vidéo officielle » rend hommage à l’univers de Gakkin, désormais hissé au rang d’artiste japonais contemporain et graphique.

Site Officiel + Facebook + Instagram @gakkinx

Joe Moo et son atelier tattoo extraordinaire

Images et réalisation de Gautier Roscoet
Musique de Pierre Feyfant

Artiste et tatoueur reconnu d’Angoulême, Joe Moo se met en scène. Dans une vidéo réalisée par Gautier Roscoet, on entre dans l’univers du graveur de peaux, sur fond de musique folk. Une musique appropriée, car Joe Moo encre un grizzly sur la cuisse d’une cliente. Le résultat ? une fenêtre ouverte sur le monde poétique du tatoueur.

Texte : Alexandra Bay – Article publié sur Jeter L’encre

Passionnant, Joe Moo ne se contente pas d’encrer les peaux. Il partage aussi son amour pour l’art et l’histoire du tatouage. En effet, il publie des portraits de tatoués sur son facebook, mais aussi des tranches d’histoire. On peut découvrir une pléiade de personnages fascinants qui vivaient à une époque où le tatouage était : « l’expression des illettrés », dixit le docteur Alexandre Lacassagne.

La vidéo débute sur un échange entre deux tatoués dessinés : « un acte volontaire plein de sens… », « si tu es pressé, méfie-toi… ici c’est pour la vie ». On perçoit une symbolique de la philosophie de Joe et de sa conception du tatouage. On découvre alors son cabinet. Le refuge d’un collectionneur dont le décor est orné de curiosités et d’hommages à l’encre. Ainsi, sur les murs et les étagères, se côtoient tatouages de marins, imageries de l’histoire du tatouage, chimères et playmobiles.

Dans une belle chemise à carreaux, Joe le barbu tatoue un grizzly menaçant dans un style aux traits naïfs, sa marque de fabrique. Apprécié pour son french trad façon bousille, Joe Moo s’inspire des « mauvais garçons » et des biribis. Ses tracés sont simples avec quelques aplats de noir et gris pour accentuer les reliefs.

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