Pratique

Se faire tatouer les mains

Alexandra Bay

Il fut un temps où les mains étaient réservées aux vrais voyous. Particulièrement visible, le tatouage des mains était le badge d’honneur du vrai tatoué. D’ailleurs, les tatoueurs refusaient les mains aux vierges d’encre. À l’heure actuelle, cette partie s’est largement banalisée, parfois même certains débutent par cette zone. Le tatoueur Mark Gibbs (@markblackscab) de Blackscab Tattoos (Chambéry 73) nous explique l’art d’encrer les mains.

Instagram : https://www.instagram.com/markblackscab/

A.B. : Peux-tu me présenter ton parcours artistique et tattoo ?

Mark Gibbs : J’ai toujours été passionné par le dessin. À l’âge de 5 ans, alors que je dessinais, mon grand-père m’a félicité. Pourtant, il ne donnait pas facilement de compliments. En gagnant sa reconnaissance, je me suis senti valorisé. Aussi, j’ai passé mon temps à dessiner pour lui, pour obtenir son approbation. Aujourd’hui, encore, lorsque je montre mon dessin au client, je ressens ce même sentiment. Aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu des gens tatoués dans mon entourage proche. J’ai été fasciné très jeune par le tatouage, à l’âge de 6/7 ans. Je dessinais des têtes de mort, des ancres et des sabres au stylo bille sur mon avant-bras gauche.

En 1987, à l’âge de 15 ans, j’ai entamé un apprentissage de 3 ans dans le design graphique avant que l’informatique ne prenne la relève. On dessinait tout à la main. C’était une très bonne expérience de bosser à côté d’artistes de haut niveau. C’était aussi un milieu de costards cravates, à l’époque. L’ambiance ne m’a pas plu. J’ai quitté ce boulot et l’Angleterre à l’âge de 18 ans pour voyager et me perdre. J’ai fait mon premier tatouage à 23 ans. À partir de là, j’ai commencé à retrouver la passion créative et ce goût du travail bien fait que mon grand-père m’avait inculqué. À 25 ans, j’ai changé de vie pour me mettre sérieusement à tatouer. J’exerce donc depuis 1997, soit 24 ans depuis février dernier. Putain, ça passe vite !! J’ai toujours aussi soif de commencer la journée de boulot, même de plus en plus ! J’aimerais faire évoluer mon art et repousser mes limites au quotidien !!

A.B. : Comment décrirais-tu ton style ?

Mark Gibbs : Ha ha ha ! Je dis toujours réalisme pour ne pas avoir à entrer dans les détails. Si j’adore faire du photo réalisme pour les portraits humains ou animaliers, cependant, je m’oriente vers un style plus personnel, un peu moins chargé dans les détails, pour plus d’impact visuel. Ça tient mieux à la longue. J’aime faire des compositions avec des transparents, fusionner des images, ça donne parfois un ensemble un peu abstrait comme dans un rêve. Qu’est-ce qui est réel ? Seulement ce que l’on voit ? Je ne crois pas. Toute image créative/artistique née intérieurement en premier. 

A.B. : Est-ce que tu acceptes facilement de tatouer les mains ?

Mark Gibbs : Sans vouloir paraître difficile, je n’accepte rien avec facilité. J’ai besoin de ressentir au mieux le projet que l’on me propose avant de l’accepter. Je veux être sûr de faire quelque chose qui claque au maximum. Les mains, c’est encore une autre histoire, car tatouer le dessus des mains demande une attention particulière pour que ça se passe du mieux possible.

A.B. : Quelle est la difficulté technique des mains ?

Mark Gibbs : La vraie difficulté de cet endroit réside dans la qualité de la peau. Ça détermine si j’accepte ou pas de le faire. En fonction de leur travail, les clients ont des mains plus ou moins en bon état. Cela dit, il y a des gens qui font des travaux manuels, portent des gants et/ou s’hydratent les mains régulièrement. Par exemple, un mécano qui ne porte jamais de gants va très probablement avoir des mains abîmées, avec des cicatrices en profondeur et surtout des cal qui se développent naturellement. Dans ces cas-là, je n’accepte pas le projet.

En effet, même si j’arrive à faire pénétrer l’encre, le tatouage cicatrise très mal. La peau à tatouer doit être en bon état, sans être parfaite bien sûr. Je demande aussi au client de prévoir trois jours de repos après la séance pour éviter de trop solliciter la main tatouée. Ça peut paraître très exigeant, mais cela ne sert à rien de souffrir et de payer pour un résultat médiocre. Ça ne rime à rien.  Le tatouage « de la main tatouée » sur la main a été encré sur un client qui a un boulot très manuel depuis 10 ans. Mais il porte des gants tous les jours. On la fait durant une semaine de ses vacances. 

A.B. : Si tu aimes tatouer cet endroit. Peux-tu m’en expliquer les raisons (en comparaison des autres zones ?)

Mark Gibbs : Ce n’est pas si facile à répondre comme question. Il n’y a pas d’autre endroit aussi visible pour soi et les autres. Il y aussi un certain plaisir dans les restrictions de l’emplacement qui n’est pas très grand. On est limité, car le dessin ne peut pas faire le tour comme la plupart des autres emplacements. J’adore aussi l’aspect corporel. Ce n’était vraiment pas bien vu à l’époque et encore aujourd’hui, ça ne passe pas partout.

A.B. : Il paraît que c’est un endroit très douloureux à cause de la peau fine et des os. Quel serait le niveau de douleur de 1 à 10 ? 

Mark Gibbs : Oui, c’est une douleur assez inattendue ! Je dirais entre 6 et 8, selon le client, et ça devient encore plus douloureux en descendant sur les doigts. 

A.B. : Comment se déroule la cicatrisation à cet endroit ? Les mains sont des membres que l’on sollicite très souvent. 

Mark Gibbs : Tout à fait. C’est plus compliqué que l’on imagine. Il ne faut pas se cogner ou frotter ses mains. Il faut les garder hydratées pendant la semaine des soins. On peut difficilement mettre les mains dans les poches ou dans un sac. Comme je l’ai déjà dit, moins on sollicite ses mains pendant les soins, plus ça favorise une bonne cicatrisation. Selon l’état de la peau et la difficulté de bien faire pénétrer l’encre, ça peut parfois allonger la durée des soins. J’avertis toujours de la possibilité d’un deuxième passage.

A.B. :  Est-ce qu’il y a des motifs qui se prêtent plus facilement à cette zone ?

Mark Gibbs : Ce n’est peut-être pas le motif en lui-même, mais la manière dont on le traite. Un tatouage avec trop de détails ne va pas bien vieillir et l’emplacement des mains vieillit bien plus vite que la plupart des autres parties du corps.

A.B. :  Quel est le motif que tu as préféré tatouer sur le dessus des mains ?

Mark Gibbs : Sans aucune hésitation, c’est le dernier, le tatouage de la main sur la main. Je le trouve original et je n’ai jamais vu d’autre pièce comme celle-ci. Je le trouve bien dosé dans les détails pour l’emplacement et le type de peau. En tout cas, si j’accepte de faire un tatouage sur les mains, c’est parce que je vais prendre mon pied à le tatouer ! ! Je les aime tous !!

Merci !

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