Chargement

Tapez pour rechercher

Oscar Astiz, un artiste au service du tebori

Oscar Astiz, un artiste au service du tebori

Propos recueillis par Alexandra Bay 
Texte Alexandra Bay – T.D.
Credits photos : Laura Boulogne et Oscar Astiz

Une enfance imprégnée par le Japon

Oscar Astiz a le trait raffiné d’un dessinateur perfectionniste au parcours brillant. Cet esthète du tatouage a mis ses talents au service du Tebori, une pratique japonaise ancestrale. Dans son salon privé, Oscar revêt son kimono, prépare ses aiguilles et s’isole dans une pièce au décor raffiné. À l’abri des regards, il pique la peau. Oscar Astiz extrait la douleur. Il travaille la matière. Pour finir, il exorcise les maux tout en sublimant les corps.

« J’ai été très absorbé par ce qui est dit dans le Hagakure, le code d’honneur et de conduite des samouraïs. »

Le tatoueur est bercé par la culture japonaise depuis son enfance. Son père collectionneur de livres des ères d’Edo (1600-1868) et de Meiji (1868-1912) sera un élément majeur de sa fascination pour la culture japonaise : « j’ai été très absorbé par ce qui est dit dans le Hagakure, le code d’honneur et de conduite des samouraïs […] ils s’habillaient et se maquillaient. S’ils venaient à tomber sur le champ de bataille, ils étaient présentables… » raconte le tatoueur français.

Oscar Astiz

Ces préceptes l’inspireront dans un rapport singulier à « sa clientèle ». « Pour moi, le client n’est pas une valeur ajoutée au tatouage, mais « il est le tatouage ». Il doit être respecté en tant que tel. » Aussi inspiré dans son art, il poursuit « Plus tard, j’ai appris que Kawanabe Kyõsai qui pour moi est le maître du style Ukiyo-é, avait eu un disciple occidental Josiah Conder […] le japonisme ayant précédé l’impressionnisme avec l’ouverture de la société japonaise sur l’occident, il y a eu une sorte d’écho entre l’influence graphique occidentale et nippone »Oscar Astiz trouve alors une légitimité à pratiquer l’Irezumi.

Un dessinateur au service de la mode

Cette inspiration aurait pu mettre plus de temps à prendre racine. Mais sa grand-mère, attentive à sa sensibilité artistique, l’initie au dessin en lui offrant ses premiers crayons de couleur. Son talent grandit. Il se retrouve même traqué par des marques de prestige. « J’ai dessiné pour Yves Saint-Laurent, en tant qu’illustrateur (sic .John Galliano, Barbara Bui), comme j’aurais pu dessiner pour Monoprix, pour une couverture de Lone Wolf and Cub – de Kazuo Koike et Goseki Kojima – ou pour des sous-vêtements, c’est ce qu’on appelle les mercenaires du dessin » analyse Oscar Astiz.

« J’ai toujours été dessinateur avant d’être tatoueur » enchaîne t-il, « même si je suis heureux d’avoir travaillé pour la mode » tout en nuançant : « ma famille de départ, c’est cette bibliothèque japonaise, c’est le dessin et c’est cette maladie… »

« On se fie au shakki, au bruit que font les aiguilles sur la peau, il y a un paramétrage qui est très complexe…Toute la concentration doit être portée au moment de la pique. »

Durant son enfance, des tâches noires apparaissent sur son torse. Aucun médecin n’est capable d’établir un diagnostic précis. Ils évoquent une méningite « peut-être » associée à une dermite. « Quand j’ai vu apparaître ces tâches qui étaient saisissantes, d’un seul coup, je me suis dit : c’est la fin », se souvient-il avant de rebondir : « avec le recul, il y a une dimension quasi-graphique. C’est la mort qui s’invite. Elle rédige quelque chose sur ma peau et c’est le carton d’invitation ».

Un signe qui le guidera vers ce besoin de marquer les autres. Avec cet accent sophistiqué qui le caractérise, Oscar conclut : « si la vie m’a marqué dans un premier temps et qu’elle a fait usage d’encre, […] à mon tour, je vais mettre de l’encre sur le corps des autres… sauf que ce sera une encre valorisée ».

Du dermographe au tebori

Oscar Astiz tatoue au dermographe depuis 7 ans. Il a commencé la pratique du Tebori, il y a 2 ans. Une technique a priori déroutante qui demande un certain savoir-faire : « Tebori 10 ans minimum, machine électrique maximum une année », explique-t-il en citant le maître japonais Horiyoshi III. Il enchaîne :  « Une machine électrique, ça reste vulgaire, ce n’est pas un Tebori … je n’ai eu aucune difficulté pour être honnête, ça peut paraître présomptueux… mais là, je travaille très humblement le Tebori et je sais, comme je n’ai pas de maître, qu’il va me falloir une bonne vingtaine d’années avant de le maîtriser complètement. »

Une approche qui prend tout son sens dans la connivence « on se fie au shakki, au bruit que font les aiguilles sur la peau, il y a un paramétrage qui est très complexe… Toute la concentration doit être portée au moment de la pique« , confie-t-il après un silence.

Plus que la technique, avec ses clients, il encre une symbolique forte de leur vie : « on valorise l’angoisse et la crainte, car ce sont des ingrédients nécessaires, mais on fait en sorte que le client s’en débarrasse par lui-même, je pense que ça donne plus d’empreinte au tatouage », dévoile l’artiste tatoueur.

« On peut parler du tatouage dans l’équation de l’humanité comme une constante tandis que le shop est une variable. »

Une relation intime au client

Si le tatouage d’Oscar Astiz a du sens, c’est parce qu’il incorpore un aspect poétique intrinsèque à l’Irezumi. Au-delà de la douleur et d’une peau martelée, voire torturée, c’est un moment unique qui s’installe et qu’il décrit avec une émotion certaine : « on est un peu déconnecté. La personne amène des ingrédients tangibles comme […] des peurs anciennes qui peuvent revenir. Il se crée alors quelque chose de poétique et un silence appréciable s’installe », décrit-il.

Oscar Astiz

Cette vision particulière de l’instant tatouage, Oscar Astiz l’a construite en se faisant encrer les deux bras et par rejet de l’esprit shop. « Je me suis dit, si tu viens un jour à encrer, ce n’est pas de cette façon là ». L’homme se sent en décalage face à la culture urbaine et mercantile d’un shop.« On peut parler du tatouage dans l’équation de l’humanité comme une constante tandis que le shop est une variable », songe-t-il.

Sans évoquer de prix avec ses clients ni au premier, ni au deuxième rendez-vous. Les séances qu’il dispense en tant que consultant en dessin lui permettent de pratiquer des tarifs raisonnables. Si le discours d’Oscar peut paraître « présomptueux », il reste humble sur sa capacité à manier l’art de l’Irezumi :

« … Je ne suis pas HoriOscar Astiz n’a pas de maître tatoueur qui pourrait l’introniser – et en tant qu’occidental, je préfère reste sobre par rapport à cette tradition, mais je pense qu’on peut être légitime face à cette pratique et face à cette sensibilité… ».

Des inspirations décalées

Ses inspirations ? « Joël Peter Witkin est l’une de mes constantes et on doit retrouver, quand on me demande une nature morte- je pense à une pièce réalisée sur un torse – l’ADN du vieux maître et bien sûr, Albrecht Dürer le maître de la gravure ». Oscar lance un regard vers son apprentie : « comme je le dis à Laura, je suis peut-être ton maître formateur mais je suis avant tout disciple de l’encre et toi aussi », conclut-il joliment.

« J’adorerais voir un vieil artisan qui pratique le Tebori dans un village de façon archaïque, mais je ne suis pas sur qu’il ait envie de me recevoir. »

Oscar Astiz

Oscar Astiz pourrait visiter le japon, mais il confesse « j’ai très peur d’être giflé là-bas… Ce qui me fait fantasmer ce sont des maîtres comme Horibun I qui reste 100% Tebori. » avant d’ajouter :  « j’adorerais voir un vieil artisan qui pratique le Tebori dans un village de façon archaïque, mais je ne suis pas sur qu’il ait envie de me recevoir », s’exclame-t-il en riant.

« Il m’est arrivé de tatouer des motifs qui ne sont pas de mon goût et que je ne porterai pas, mais la personne arrive avec des mots et une notion de symbole. Un tatoueur doit faire attention à ce que la personne raconte et n’a pas à remettre en question l’aspect talisman « , aime à raconter ce poète de l’encre.

« On a tout un bagage occidental qu’on ne refoule pas. Je sais que je ne ferai jamais d’Irezumi comme un Japonais. »

Un bon bâtard

Même si Oscar Astiz est artisan du Tebori, l’artiste n’oublie pas ses racines. Il se dit « bon bâtard » aux influences modernes mêlées au traditionnel. Le plus Japonais des Horishis français assume : « on a tout un bagage occidental qu’on ne refoule pas. Je sais que je ne ferai jamais d’Irezumi comme un Japonais« .

oscaryastiztattoo.com
facebook.com/oscaryastiztattoo

Tags:
AlexandraBay

Passionnée de tatouage depuis 20 ans +++ Auteure du livre LOVE, TATTOOS & FAMILY, (ISBN : 2916753214) +++ Co-Fondatrice de FREE HANDS FANZINE +++ TATTOW STORIES +++

  • 1

Laisse un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error: Ce contenu est protégé.