Manuella Ana

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Hymne à la vie


À tout juste 30 ans, Manuella Ana est le boss du shop « Le Gamin à dix doigts », dans le 11e arrondissement de Paris. À force de travail, elle a enfin fini par trouver sa voie. Elle aime encrer un tatouage brut et naïf aux lignes noires épaisses et aux gros aplats de couleurs vives. Un style qui est à l’image de la jeune femme, joyeuse et généreuse. 

Article : Alexandra Bay

Avec un style de tatouage aux motifs ultras colorés, on ressent la profonde joie de vivre de Manuella Ana. La jeune femme encre de l’art naïf sur la peau. Elle aime mixer les bases du trad avec une palette de couleurs très vives. Désormais, elle possède son propre shop « Le Gamin à dix doigts » sur Paris. Une maturité qu’elle a acquise avec le temps et la pratique. Pragmatique, la jeune fille est une touche-à-tout. Après le bac, elle se dirige en arts plastiques et teste de nombreuses techniques avant de se lancer dans le tattoo : sculpture, vidéo et performance. 

Tatouage esthétique

Manuella observe les rudiments du tatouage avec sa mère qui vit du maquillage permanent. Elle se souvient : « Elle n’était pas d’accord pour que je me tatoue ou que je tatoue les autres ; mais elle m’a appris à me servir de sa petite machine. Comment mettre une aiguille dans une buse, etc. ? Et elle m’a surtout enseigné les protocoles pour éviter la contamination croisée. Elle a toujours eu peur pour ma santé. »

Roberto a été vraiment gentil. Il a vu les petits tattoos qu’on s’était faits. Il nous a donné des conseils.

Manuella Ana

En son absence, Manuella lui emprunte sa machine et la teste sur les copains, premières bousilles. Elle s’amuse et ne sait pas que le tatouage est un art à part entière. Elle confirme : « Enfant, j’ai d’abord connu les tattoos que mon oncle s’était faits au noir de fumée dans la Légion étrangère. Plus tard, un de mes cousins m’a donné toute sa collection de magazines de tattoo. C’est vraiment tardivement que je me suis aperçue de toute l’étendue artistique de ce médium. »

Rencontres déterminantes

À l’âge de 17 ans, son amoureux lui offre sa première bécane. Elle s’entraîne sur sa propre peau et petit à petit, sur son entourage : les copains des beaux-arts, la famille, etc. Elle apprend sur le tas et glane les conseils de potes déjà encrés. Ainsi, Manuella tatoue comme job d’appoint. Elle confie : « Le tatouage a vraiment fait partie de ma vie durant toute mon adolescence comme une activité extrascolaire. Ça m’a bien aidé quand j’étais en études supérieures. J’avais des jobs étudiants, mais le tattoo me permettait de joindre les deux bouts. » 

C’était une passion, mais j’avais tellement peur des shops et des tatoueurs en général. Je ne sais pas si je me sentais capable d’affronter ce monde.

Manuella Ana

Le premier tatoueur professionnel qu’elle rencontre est Roberto (anciennement Art Corpus) « Les derniers trappeurs ». Son amoureux se fait tatouer par l’artiste. Une rencontre qui la marque : « Ce jour-là, Roberto a été vraiment gentil. Il a vu les petits tattoos qu’on s’était faits. Il nous a donné des conseils. C’était une rencontre assez courte, mais très importante pour moi. » Puis, elle découvre une tatoueuse, Alix Gé. Manuella relate : « À l’époque, Alix Gé travaillait à Versailles. Encore une fois, je suivais mon copain qui allait se faire tatouer. Nous n’avons pas vraiment eu de discussions, mais j’ai été fascinée par son univers et ses peintures. »

Tétanisée

Fraîchement diplômée des beaux-arts, Manuella a vraiment envie de tatouer, mais elle est tétanisée. Elle évoque cette époque : « C’était une passion, mais j’avais tellement peur des shops et des tatoueurs en général. Je ne sais pas si je me sentais capable d’affronter ce monde. Je ne me sentais pas du tout légitime d’arriver avec mon book de scratcheuse et de prétendre à quoi que ce soit. » Ce sont ses amis Clarisse Amour et Otec qui la poussent à démarcher les salons. La jeune femme prend son courage à deux mains. Elle trouve un apprentissage dans un shop parisien. Au départ, Manuella se met un bon coup de pression. Elle veut tout savoir-faire et se focalise sur la technique. Elle souhaite prouver son talent et encrer du réalisme.

Le trad est l’une de mes principales inspirations ainsi que les styles japonais et coréens pour les couleurs.

Manuella Ana


Cependant, elle ne sait pas trop où elle va et se cherche. En attendant, elle satisfait le client, la meilleure école du tatouage. Manuella encre de la gravure, du réalisme, de l’aquarelle, etc. Elle ne se sent pas à sa place. Et les réseaux sociaux lui renvoient cette image brouillonne. Elle se rappelle : « Je voyais Clarisse Amour avec qui je vis, tout défoncer. Elle a une pâte hyper affirmée, du style et de la rigueur. J’essayais alors de faire comme elle. Je me sentais comme une girouette qui ne trouve pas sa route ».

Appropriation d’un style

C’est une amie qui va la révéler, Flavie Eidel, photographe et illustratrice. Elle gère son compte Instagram et sélectionne le travail de la tatoueuse. Manuella s’exclame : « Il s’est passé quelque chose de fantastique ! Flavie a réussi à donner une ligne de conduite à mon travail. Cependant, je ne me suis pas du tout reconnue. Révélation ! Je n’aimais pas les petites fleurs, en noir et gris, à la fine line. Ce que j’aimais, c’était le gros trait traditionnel avec de la grosse couleur posée en aplat ! Grâce à Flavie, j’ai vu là où je ne voulais surtout pas aller et de ce fait, j’ai enfin trouvé ma direction. »

Tandis que ses plus proches collègues Bouits et Rion de chez Mémé l’inspirent beaucoup avoue Manuella : « Elles ont montré que le tatouage peut sortir du rang pour devenir ce que l’on veut. Alors, il n’y a plus qu’à s’amuser ! »

Manuella Ana

Peu à peu, encouragée par ses proches, Manuella développe enfin son propre style : « Petit à petit, mon travail s’est éloigné du figuratif pour aller vers quelque chose de plus brut, de plus naïf, mais ça reste encore très figuratif. » Elle produit alors un tatouage plus cohérent, moins dispersé. Elle a mis 4 ans à trouver son identité graphique. Le trad est l’une de ses principales inspirations ainsi que les styles japonais et coréens pour les couleurs. Elle admire le travail de tatoueurs comme Deno, Claudia de Sabe et Hilary Jane. Tandis que ses plus proches collègues Bouits et Rion de chez Mémé l’inspirent beaucoup avoue Manuella : « Elles ont montré que le tatouage peut sortir du rang pour devenir ce que l’on veut. Alors, il n’y a plus qu’à s’amuser ! »

Le Gamin à dix doigts

Après avoir pas mal vadrouillé, Manuella ouvre un shop avec Otec, à Fontenay-sous-Bois. Ils l’appellent « le Gamin à dix doigts ». Les associés investissent toutes leurs économies dans les loyers d’avance et les charges. En plus, il faut refaire tout le shop. Manuella se remémore « Heureusement, Otec est une super machine multifonction ! Il a réussi à faire tous les travaux de la salle du bas en une semaine et à moindre coût ! On a mis en place une sorte de roulement. Je tatouais et la recette de la journée partait chez Casto. Puis, Otec enchaînait les travaux toute la nuit pour que ce soit propre le lendemain matin. » Un travail qu’on imagine titanesque.

Deux ans après Fontenay, Otec a décidé de remettre le couvert ! Et honnêtement, je crois que c’est l’un des plus jolis shops tattoo de Paris.

Manuella Ana

Clarisse Amour a rejoint la team et une 2e boutique a ouvert ses portes dans Paris 11e. Désormais, Manuella est bien loin de la jeune fille tétanisée à l’idée de démarcher un apprentissage. Elle est même fière de cette nouvelle boutique dans Paris. Elle conclut : « Deux ans après Fontenay, Otec a décidé de remettre le couvert ! Et honnêtement, je crois que c’est l’un des plus jolis shops tattoo de Paris. La devanture n’est pas encore commencée, mais la décoration intérieure est vraiment superbe. Je crois que toute l’équipe du gamin à dix doigts est vraiment fière de pouvoir travailler dans un endroit aussi beau. »

Manuella.ana.tatouage@gmail.com

legaminadixdoigts.com

Instagram : @manuella_ana_tatouage

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