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Les tatoueuses du traditionnel Américain

Les tatoueuses du traditionnel Américain ont définitivement marqué l’histoire du tatouage du 20e siècle. En effet, le profond désir de ces femmes était de devenir des artistes tatoueuses. Et c’est avec une grande détermination, qu’elles ont su se faire une place dans le milieu. Dans l’ombre d’un compagnon ou dans la lumière, elles ont ainsi donné du sens à leur démarche de tatouée.

Elles ont dépassé une considération purement esthétique en s’appropriant une pratique masculine. Ces amoureuses de l’encre bleue n’ont pas juste exhibé un corps tatoué dans les sideshows ou dime museums. Elles ont ouvert la voie aux artistes tatoueuses actuelles. Sans ces femmes, que serait Kat von D aujourd’hui ? Rendons hommage à des femmes fortes qui ont assouvi leur passion jusqu’au bout.

 

Les tatoueuses du traditionnel Américain : Maud Wagner

Maud Wagner

1877 – 1961

Maud Wagner est connue comme la 1e tatoueuse américaine. Elle est née en 1877, à Lyon County, au Kansas. Elle débute une carrière d’artiste de cirque. Maud devient alors contorsionniste et trapéziste. Elle voyage ainsi de carnavals en expositions universelles. En 1904, Maud donne un show à l’exposition universelle de Saint-Louis (Missouri). Cet évènement va bouleverser sa vie.

Elle y rencontre Gus Wagner nommé  » The Tattooed Globetrotter ». Le fripon est charmé par Maud. Il lui propose alors de le suivre en tournée. Maline, Maud accepte à la seule condition qu’il lui apprenne à tatouer. Et Gus accepte. Ainsi, il lui apprend les ficelles du métier, mais, il recouvre aussi son corps de nombreux tatouages. Maud porte des motifs traditionnels et de nombreux animaux comme des singes, des papillons, des lions, etc…

les tatoueuses du traditionnel américain

L’exposition universelle de Saint-Louis 1904

Une vie de nomade

Ils se marient en 1907 et mènent une vie de nomade. En effet, ils se produisent en tant que tatoués et tatouent sur la route : artistes de cirque et autre clientèle. Malgré l’apparition de la machine électrique, le couple tient à pratiquer le handpoke jusqu’à la fin de sa carrière. En 1908, ils ont une fille Sarah qui décède la même année. Ils tentent à nouveau l’aventure parentale et Lotteva naît en 1910. Elle apprendra le métier avec eux.

Maud reste un personnage emblématique dans le tatouage au féminin. Passionnée d’art, elle a consacré sa vie au tatouage et au cirque. Elle faisait partie d’une association appelée « The American society for keeping woman in her prosper sphere ». Elle a ouvert la voie à de nombreuses autres femmes et à sa propre fille Lotteva. Le couple a aussi contribué à répandre l’art du tatouage dans les contrées américaines, loin des ports. Maud Wagner décède en 1961à Lowton, dans l’Oklahoma.

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Les tatoueuses du traditionnel Américain : Lenora Platt

Lady Lenora

(1883-1960)

Lady Lenora est l’une de mes tatoueuses préférées. Une femme de caractère qui s’est forgée toute seule. Si Maud Wagner est la première tatoueuse américaine, Lenora est la première à mener sa carrière tambour battant, sans hommes pour la chaperonner. 

Mary Matilda Platt naît en 1883, en Pennsylvanie. En 1912, à 29 ans, elle décide de devenir tatoueuse et artiste tatouée. Elle voyage alors de carnavals en dimes museums. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Lenora tourne régulièrement avec le « Sheesley shows ». C’est un carnaval itinérant très réputé. Le cirque s’installe pour l’hiver dans la ville maritime de Norfolk, en Virginie.

Une tatoueuse à Norfolk

Lenora débute en tant que tatoueuse résidente. Elle encre alors les marins en stationnement. Sa boutique est située sur Washington Avenue, à Newport. L’un des membres du Sheesley Shows, Sir Edward – the man with abnormal self-control – lui donne parfois un coup de main.

Il y a de très bons tatoueurs dans la baie de Norfolk comme Elmer Getchell, Harry Lawson, Jim Wilson ou Cap Coleman (aussi issu de la troupe de Sheesley). Pourtant, la tatoueuse gagne très bien sa vie. Selon Albert Parry, elle est la seule artiste professionnelle femme dans les États alentour. Son magasin devient un repère à Norfolk. 

Lady Lenora était fière d’avoir réussi dans un monde artistique dominé par les hommes. Ainsi, elle souhaite engager deux femmes pour travailler avec elle, comme le montre l’annonce du Billboard :

Visiblement, elle incite ses collègues masculins à faire de même. Puisqu’en 1920, Edward J. Miller, tatoueur à Norfolk, passe également une annonce dans le Billboard pour recruter une partenaire.

À l’époque, c’est nouveau pour les clients de se faire tatouer par une femme. Cela a contribué au succès de son entreprise. Mais Lenora compte également 18 années d’expérience dans la profession (1912-1930). Elle maîtrise son métier, une autre raison de l’affluence de sa clientèle.

Heureuse en affaire, malheureuse en amour

Si elle a eu un grand succès en affaires, cela n’a jamais été le cas en amour. Elle devait être sacrément exigeante. En effet, elle n’est pas restée mariée très longtemps à ses 5 maris. Albert Parry suppose qu’en tant que femme, Lenora a dû subir de nombreuses discriminations. De plus, elle a également dû être l’objet de malveillances de la part de ses clients. 

Malgré la maladie, Lenora continue de pratiquer le tatouage. Elle part de temps en temps tatouer en Pennsylvanie. À cette occasion, elle se fait traiter pour cette « mystérieuse » maladie. Elle prend définitivement sa retraite à Norfolk. Elle y décède le 28 octobre 1960. Lady Lenora est enterrée au cimetière de Forest Lawn. Elle repose en paix auprès de ses collègues tatoueurs : Cap Coleman, Edward J. Miller et Andy Stuertz.

Les tatoueuses du traditionnel américain

Les tatoueuses du traditionnel Américain : Stella Grassman

Stella Grassman

(1889-1977)

Il existe peu d’informations sur Stella Grassman. Même si un portrait de son couple circule régulièrement sur l’internet. Stella Grassman était une « tattooed lady » et tatoueuse dans les années 20. Elle a tatoué jusqu’au début des années 40.

Elle tatouait avec son mari Deafy Grassman. Ils ont principalement travaillé à Philadelphie au 836 et 839 race street. Ils avaient également un magasin au 19 Bowery à New-York. En 1927, la ville de Newport à Rhode Island la répertorie en tant qu’artiste tatoueuse.

Stella a travaillé pour de nombreux cirques comme le Ringling Brothers, le Barnum & Bailey Circus (1938), le Harry Lewiston Museum (1940 et 1941) et Hubert’s Museum à Times Square (1939). Elle s’est également exhibée à Coney Island. C’était une très belle femme et elle a eu beaucoup de succès en tant que femme tatouée.

Ses cartes de visite sont très populaires auprès des collectionneurs.

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Les tatoueuses du traditionnel Américain : Irène Bobbie Libarry

Irene « Bobbie » Libarry

(1893-1978)

Irène Bobbie Libarry travaillait dans un cirque comme « factotum » ou « homme à tout faire ». Elle était également illusionniste et bonimenteur forain. Elle se fait tatouer par son futur mari en 1918, Andy Libarry. Durant 3 semaines le tatoueur recouvre intégralement son corps. Irène pense que se faire tatouer est la meilleure façon d’apprendre à piquer.

Dans les années 30, elle crée son propre cirque d’attractions intitulé « The world’s strangest people ». Enfin, elle apprend à tatouer et ouvre son propre magasin à Market Street, à San Francisco en 1939. En 1971, elle confie à Ms. Magazine « Je savais que j’en vivrais un jour, lorsque j’en ai vu un (tatouage) ».

Elle aura une belle et longue carrière comme tatoueuse.

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Les tatoueuses du traditionnel Américain : Millie Hull

Millie Hull

(1897-1947)

Mildred Hull, alias Millie Hull, était une sacrée femme de caractère. Tout comme Lady Lenora, elle a tracé sa voie toute seule. Dure à cuire, elle a appris le tatouage en se scratchant la peau.

Née en 1897 à Bowery, elle quitte l’école à 13 ans et traîne dans la rue. Millie rejoint le cirque. Elle commence alors une carrière de danseuse burlesque. Un petit ami la tatoue, puis elle rencontre son mentor Charles Wagner. Elle porte plus de 300 tatouages dont un aigle sur le cou, 14 anges sur son dos, 12 geishas sur ses jambes et un papillon sur ses parties intimes.

Dans les années 20, elle ouvre son magasin de tatouage « The Tattoo Emporium ». Millie pique au fond du salon d’un coiffeur, au 16 Bowery. Elle s’associe alors avec un ancien artiste de cirque Thomas Lee. Elle travaille à main levée, mais aussi à partir de flashs. Millie a tatoué beaucoup de femmes. Celles-ci voulaient surtout des cœurs avec le nom de leur amoureux ou de leur famille. Parfois sur leurs parties intimes, alors Millie les cachaient derrière un rideau.

La dépression n’a pas beaucoup touché Millie. D’autant, plus qu’en 1935, Franklin Roosevelt décide de créer la « Social Security Act ». Ainsi, tous les jours, une dizaine de clients passent se faire tatouer leur numéro de sécurité sociale. D’après le Daredevil museum, en 1936, Millie fait la une de « Family circle » comme tatoueuse et tatouée. Une couverture sans précédent pour un magazine qui donne des conseils domestiques aux femmes.

Une matrone règne sur le Bowery

En 1943, elle est connue comme étant la seule femme tatoueuse de New-York. Elle va gouverner plus de 25 ans sur le quartier mal famé de Bowery, et ce, comme une matrone. Sa résistance vient de son expérience de la rue, de son intelligence et surtout de son talent. 

Elle témoigne à ce sujet « Vous connaissez les hommes en affaires. Il y a toujours de la jalousie surtout si une femme travaille aussi bien qu’eux. Les tatoueurs du Bowery réduisent leurs prix pour que mon business coule. Mais j’ai beaucoup de clients, environ 14 à 15 par jour. Je pense que les hommes préfèrent se faire tatouer par une femme. Ils imaginent qu’une femme est probablement plus prudente. » Citation extrait du livre Bodies of subversion

C’est le cœur brisé que Millie se donne la mort dans une taverne en 1947. Elle avale une boîte entière de pilules. La rumeur dit qu’un homme a dilapidé sa fortune avant de la quitter.

Les tatoueuses du traditionnel américain

Painless Nell

(19 ? -1971)

Le site buzzworthy tattoo évoque la vie de Painless Nell (Nellie Bowen). Bert grimm a travaillé dans le magasin du couple Bowen. Huey Bowen aurait été ainsi formé (ou du moins inspiré) par Percy Waters. Après la Première Guerre mondiale, Huey se lance dans le tatouage. En 1929, en Californie, il reprend le « Joyland Shows » et le renomme le Bowen’s Joyland Shows.

En déplacement à Stockton, il rencontre Nellie Bohnak et se marie avec elle. Son frère Clarence épouse Joséphine, la sœur de Nell. Dans les années 30, les 2 couples voyagent avec le cirque. Après la Seconde Guerre mondiale, le Bowen’s Joyland Shows s’installe à Whittier, en Californie. Les couples prennent la résidence à San Diego. Huey apprend l’art du tatouage aux deux sœurs. Elles seront surnommées Painless Nell et Painless Jo.

Un succès qui attise les envies

Ils font fortune pendant la guerre. En effet, la Navy, l’US Air force et différents corps de marines sont régulièrement de passage à San Diego. Dans leur magasin situé au cœur de Downtown, ils accueillent les militaires qui prennent du bon temps dans la ville. Ils ouvrent plusieurs magasins et accueillent de nombreux artistes tatoueurs comme : Sailor Charlie Barrs, George Rogers, Buzz Claydon, le couple Mace et Bert Grimm.

On a très peu de détails sur la vie de Painless Nell. Par contre, Sailor Jerry avait la dent dure contre elle. Il a ainsi raconté à Ed Hardy ( « Wear Your Dreams: My Life in Tattoos » – Ed Hardy) que Painless Jo avait une jambe en bois à cause de Nell. Cette dernière aurait tatoué Jo lors d’une exposition universelle. Par manque d’hygiène, la jambe de Jo se serait infectée jusqu’à l’amputation. Ainsi Nell aurait eu pitié de Jo et lui aurait appris le métier du tatouage.

Ce que réfute buzzworthy tattoo. Ainsi, le site raconte que Jo a perdu sa jambe à la suite d’un accident de voiture. La blessure a gangréné, menant Jo à l’amputation. Visiblement, la famille Bowen faisait l’objet de nombreuses critiques de la part des autres tatoueurs. 

Les tatoueuses du traditionnel américain

Dainty Dotty Jensen

(1909-1952)

Florence Sprague alias Dainty Dotty exhibe ses formes dans les cirques. Il y a peu d’informations sur la carrière de la tatoueuse. Entre les années 30 et 40, la femme de 600 livres travaille pour le célèbre Ringling Bros. Puis en 1944, elle tatoue dans un kiosque au parc « Archie’s Playland Arcade ».

Venue s’approvisionner en matériel de tatouage à Détroit, elle croise la route du veuf Owen Jensen. Ils se marient peu de temps après leur rencontre, en 1945. Puis, ils s’installent à Los Angeles. À l’arrière de leur maison située au 120 West 83rd St, ils créent leur propre entreprise.

Ils installent alors un atelier d’usinage de machines à tatouer. Ils développent un commerce à l’activité prospère. Leur slogan est « The Jensen’s, les machines à tatouer les plus fines du monde ». Leur catalogue propose une grande variété de flashs, d’encres, de tubes, de pochoirs, etc…

Le bonheur est de courte durée, car Dainty Dotty décède d’une maladie cardiaque le 17 décembre 1952. Ainsi, elle laisse seuls son mari Owen et leur fils Jr, âgé de 3 ans.

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Lotteva Wagner Davis

(1910-1993)

Lotteva Wagner Davis a porté l’héritage de ses parents toute sa vie. Elle a grandi sur les routes, menant une vie de nomade. Son univers côtoie les arts du cirque et du tatouage. La légende dit qu’elle commence à tatouer à l’âge de 9 ans ! Gus Wagner lui enseigne les rudiments du métier. Il lui apprend à lier des aiguilles de couture anglaises à de fines baguettes, les fixant avec de la soie à coudre.

Gus souhaite tatouer Lotteva, mais Maud refuse catégoriquement. Lotteva est un ovni dans le milieu du tatouage : une tatoueuse non tatouée. Sur le tard, Maud autorise finalement sa fille à se faire tatouer. De nombreux artistes se proposent alors de l’encrer. Cependant, si Gus n’a pas eu l’autorisation de la tatouer alors aucun autre tatoueur ne touchera sa peau. Ainsi, Lotteva l’a décidé.

Une vie artistique riche

Elle est particulièrement douée en dessin. Elle tatou à la machine électrique pendant 2 à 3 ans. Mais elle préfère reprendre la technique du handpoke, qu’elle pratiquera jusqu’à la fin de sa vie. Elle peint des bannières de cirque comme de nombreux artistes tatoueurs. Lotteva devient même clown pendant un temps.

Elle se marie deux fois. Son premier mari est un artiste de cirque dénommé Tarzan. Tandis que Russell Eugene Davis son deuxième époux est un artiste tatoueur de l’Oklahoma. Avant sa mort en 1993, à l’âge de 83 ans, elle réalise son dernier tatouage sur le bras du célèbre Ed Hardy. Il s’agit d’une rose piquée au handpoke, l’outil de prédilection de la famille Wagner.

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Mable Kennedy-Darpel

(1910-1976)

Mable Kennedy Darpel née dans le milieu du spectacle. En effet, son père est le patron des Miller Bros, au début de ce 20e siècle. Il est donc tout naturel que Mabel travaille comme artiste de cirque : lanceuse de couteau, médium, etc. Mable cumule les casquettes au sein de la troupe. C’est au cours de l’un de ces spectacles qu’elle rencontre son futur mari Joe Darpel. 

Il est l’homme tatoué, recouvert de la tête aux pieds par le tatoueur Bert Grimm. On ne sait pas vraiment qui lui a appris les rudiments du tatouage. Il décide d’enseigner cet art à Mable après leur mariage, en 1945.

Pelican Black Ink

Lors de leurs nombreux déplacements, ils tatouent ensemble comme à Junction city, Kansas city, Fort worthWaco, Texas, Norfolk et la Virginie. Le couple voyage avec les cirques itinérants dans les années 40. Il gère même quelques spectacles. En parallèle, Joe mène une affaire de « tattoo supply ». Il vend de l’encre noire « Pelican Black Ink ». Les flashs du couple Darpel sont particulièrement appréciés des collectionneurs.

Mable décède en 1976 à Midwest city, dans l’Oklahoma.

Les tatoueuses du traditionnel Américain

Article rédigé en mars 2017 – Merci de ne pas copier coller sans citer de sources. Ce travail de rédaction recoupe articles de presse, livres, blogs sérieux sur le sujet, de sites maritimes, etc… J’ai mis beaucoup de temps à traduire, à comprendre et à recouper les faits que j’aborde ci-dessous. Vous pouvez retrouver ces écrits sous la forme d’un fanzine Tattow Stories 

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AlexandraBay

Passionnée de tatouage depuis 20 ans +++ Auteure du livre LOVE, TATTOOS & FAMILY, (ISBN : 2916753214) +++ Co-Fondatrice de FREE HANDS FANZINE +++ TATTOW STORIES +++

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