Brutal tattoo ritual, un mouvement singulier

Brutal Tattoo Ritual : la douleur comme catharsis

Le Brutal Tattoo Ritual m’intriguait, vraiment. Ce mouvement m’intéressait et j’imaginais qu’il portait une pensée philosophique réfléchie. Mais le visionnage de la vidéo de Vice détruit ma curiosité.

Je comprends parfaitement le côté brutal. On revient à une démarche ritualisée à l’opposé de la consommation « tattoo » actuelle. Finalement, on redonne du sens à un rite qui l’a perdu au fil du temps…

brutal tattoo ritual

Du tatouage sans esthétisme

Aucune recherche esthétique pour le Brutal Tattoo Ritual, mais l’ignorant style a exactement la même démarche, le côté fun en plus. J’assimilais l’aspect brutal de ce mouvement au « rituel » initiatique. Le tatouage se mérite, la douleur est une contrepartie qu’on accepte à juste titre.

J’aime beaucoup la réflexion du tatoueur sur la mère qui rassure son enfant quand il se fait mal. Je l’entends parfaitement. Et je trouve que ça donne un vrai sens à son propos… Les personnes qui viennent là, sont consentantes. Et elles n’ont pas envie d’entendre maman les rassurer… Voici le résumé du Brutal Tattoo Ritual.

Le cameraman enchaîne les plans de vue sur les personnes tremblotantes, hurlant de douleur… Puis le tatoueur se lâche sur le client en lui faisant mal et en l’insultant. La façon de filmer rend le concept totalement simpliste… Ça m’a paru vraiment grotesque… Et j’en suis désolée… (Attention, je ne remets nullement en cause la douleur réellement ressentie)

Surtout, lorsque le tatoueur répète plusieurs fois « si le client me fait chier, je lui dis d’aller se faire foutre »… Et le Brutal Tattoo Ritual se transforme en concept marketing dénué d’un sens profond.

brutal tattoo ritual

Quel sens pour le Brutal Tattoo Ritual ?

J’imaginais que le Brutal Tattoo Ritual était l’acte de se faire tatouer durant des heures entières des motifs absolument inesthétiques pour le commun des mortels. Il s’agissait ainsi de repousser des limites personnelles, voire les limites d’un tatouage devenu trop esthétique… Car il ne faut pas se leurrer, le tatouage fait mal.

D’ailleurs, c’est la question favorite des tatoués (n’est-ce pas ?). Quelle partie du corps fait le plus mal ? Toutes ! C’est toujours un sale moment à passer.

Cependant, la récompense en vaut la peine. Alors il s’agit d’accepter cette douleur pour qu’elle soit moins prenante… C’est un moment de concentration intense. Je l’utilise soit pour communiquer avec le tatoueur, soit pour intérioriser la douleur, puis me perdre dans mes pensées au bout de quelques heures.

Le Brutal Tattoo Ritual me déçoit en ce point… Une séance filmée par VICE se transforme en sorte de cérémonie BDSM, digne d’un salon de l’érotisme de la ville de trucmuche. C’est ce que je ressens en regardant cette vidéo.C’est vraiment dommage… Cette mise en scène me paraît tellement peu naturelle. Elle amoindrit toute la dimension singulière de cette démarche… Du coup, j’ai arrêté de regarder au bout de 10 minutes environ… Promis, je regarderai de nouveau cette vidéo plus tard…

Rafel Delalande : mysticisme et art brut

Rafel Delalande, un portrait vidéo par Ocurens prod

Rafel Delalande est un tatoueur français qui officie au célèbre shop Seven Doors, à Londres. Valentin Petit a su capturer l’essence mystique du tatoueur français. Dans une vidéo, Ocurens sa boîte de prod a su créer un univers visuel intense et décalé tout comme l’artiste. Entre hauteur vertigineuse et symboles ésotériques, c’est le grand plongeon.

Au bord de la falaise

Rafel Delalande survole la falaise et plonge dans le vide. Des plans successifs mêlent plans sombres du tatoueur dans l’ombre et paysage étendu à perte de vue, sous un soleil lumineux. Entre mysticisme et liberté, l’artiste s’exprime sur l’une des symboliques fortes de son tatouage : la religion.

« Je ne suis pas religieux. Vraiment pas, je pense que les religions sont dangereuses. Elles ont de bonnes intentions et veulent aider. Mais le problème, c’est qu’à un moment j’ai compris qu’elles croyaient pouvoir décider pour moi, ce qui est bon dans ma vie. Ça m’est vraiment insultant… […] Personne ne peut me dire ce que je dois faire de ma vie. »

Rafel Delalande
Rafel Delalande

Athéisme

Après cette réflexion orientée vers l’athéisme, Rafel  Delalande enchaîne avec la notion de regrets comme le vieillissement des tatouages. Rafel déplore ce type de pensée. On revient à la réalité. Des chats se tiennent sur le pas d’une porte. Des images de cimetière suivent et accentuent l’univers étrange de l’artiste… Il aime déambuler dans ces lieux calmes pour se retrouver.

«Beaucoup de gens pensent que je suis satanique. Tout ce que l’on sait du satanisme vient de l’imagerie catholique. C’est pourquoi j’aime visiter des églises. J’aime les sujets noirs, tristes et apeurant. J’aime quand un tattoo est trop effrayant ou trop sombre. Aussi, se faire tatouer quelque chose d’effrayant est un réel engagement»

Rafel Delalande
Rafel Delalande

Des tatouages sombres et effrayants

Rafel Delalande réaffirme l’engagement du tatoué dans cette acte. Surtout lorsqu’il choisit des sujets aussi sombres et anticonformistes. C’est définitivement le style de notre artiste.

«J’essaie de garder l’aspect plus extrême du tatouage comme il est supposé être. Malgré le fait, que ce soit devenu très trendy, récemment. C’est comme ça qu’est supposé être la culture tattoo ! Évidemment, je ne regrette rien de ce que je porte. Le tatouage est devenu ma façon de m’exprimer. Je sais que ça à l’air mielleux. Mais si je suis devenu tatoueur, c’est que je suis une personne créative. Et si je suis comme tel, c’est que j’ai quelque chose à dire»

Rafel Delalande
Rafel Delalande

Une intimité partagée

Cette vidéo poignante montre aussi l’intimité artistique du tatoueur. Dans son atelier, il peigne avec minutie et en dots, les ombrages de l’un de ses dessins : un crâne au multiple yeux, des verrues apparentes.

Rafel Delalande aime encrer des chimères, des personnages étranges et difformes. Il aime également les symboles ésotériques tout droit sortis des manuels de médecine du début du siècle ou des livres religieux. Les séquences dévoilent le tatoueur qui prépare ses machines. Puis on le voit piquer en slow motion. Rafel Delalande se réalise dans l’expression de ses démons et ceux de ses clients.

Rafel Delalande
Rafel Delalande

Gakkin, tatoueur free hand

Gakkin nous présente son univers dans une vidéo à l’ambiance dark et envoûtante. En 5 minutes et 13 secondes, Chromon Films retranscrit parfaitement l’identité visuelle de l’artiste : superpositions d’images triturées et déhanchés sensuels d’Aimi. Ce teaser officiel dévoile un univers obscure. Sur fond de musique expérimentale, on observe Gakkin à l’œuvre sur de grosses pièces. Ainsi, on peut admirer les corps entièrement recouverts par l’encre barrée du génie.

Vidéo officielle du tatoueur

Au début de la vidéo, le logo du tatoueur japonais s’affiche. Entouré d’un cadre rouge sang, il clignote comme une enseigne lumineuse abîmée. Le modèle tatoué Aimi masqué d’un bandage hospitalier est couché derrière des barreaux. Cette mise en scène est dans un pur esprit fétichiste japonais. Une mise en abîme sensuelle avec le corps gracile d’Aimi dévoile le travail de Gakkin d’un noir profond.

Son modèle fétiche se déhanche et prend des positions suggestives. Une sensualité qui est contrebalancée par une superposition d’images tachées, brûlées et en négatif. Des prises de vue léchées se mêlent à l’étrange mise en scène. On observe Gakkin à l’œuvre, dessin à main levée et encrage.

Aimi, icône du tatoueur

Tout en contraste, les longs travellings caressent les corps masculins tatoués tout en alternant avec les déhanchés hyper sexualisés d’Aimi. Le corps du modèle sert de support visuel à l’art décalé du tatoueur. De gros plans sur son corps dévoilent des pièces originales stylisées : une pieuvre, un rat, un plat japonais, etc.

Au rythme d’une note de piano envoûtante, Gakkin exécute au feutre des motifs graphiques sur un dos complet. Il trempe ses aiguilles dans l’encre noire. Plan de vue en slow motion durant la pique… Zoom sur son plan de travail. L’univers du tatoueur s’imprègne en nous.

La vidéo oppose : masculinité et féminité, intimité et distance au modèle, tatouage graphique et traditionnel. Cette « vidéo officielle » rend hommage à l’univers de Gakkin, désormais hissé au rang d’artiste japonais contemporain et graphique.

Site Officiel + Facebook + Instagram @gakkinx

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