Mr X ou Duncan X, une vidéo de Rogue films

Mr X from Rogue Films on Vimeo.

Duncan X, aka Mr X, tatoueur londonien

Mr X est un film court réalisé par Rogue films et dirigé par Alex Nicholson. Sortie en 2013, cette vidéo a fait couler beaucoup d’encre, pour 2 raisons. La première était la prouesse technique. 2 ans auparavant, Zombie boy avait aussi tourné avec les cosmétiques Dermablend. Sauf que Rogue films anime avec poésie les tatouages de Duncan X. Et la 2ème raison est le personnage de Mr X ou Duncan X. Un tatoueur bien connu des adeptes d’un graphisme noir trad. Un Anglais charismatique au passé turbulent.

Duncan X Mr X, portrait vidéo d’un personnage énigmatique

La vidéo démarre sur un Mr X vierge d’encre, un piano nous berce de notes nostalgiques. “Murderer, murderer”, Duncan se remémore le passé. Un enfant qu’il a renversé. Plusieurs semaines plus tard, il reçoit des nouvelles. Ses jambes sont cassées, mais l’enfant va bien. Au fur et à mesure de son discours, les tatouages prennent vie sur sa peau, liés à ces souvenirs.

Mr X ou Duncan X enchaîne “Je vous aiderais si vous avez des ennuis et je ne serais pas la cause de ces ennuis à moins que vous n’ayez commencé.” 

Mr X a été un “mauvais garçon” et il assume. Ainsi, il explique qu’il ne regrette pas les mauvaises périodes de sa vie ou ce qu’il a pu faire. Et ces temps difficiles sont encrés sous sa peau. Comme ce H sur son menton, une dédicace à l’héroïne qu’il a fumée un certain temps. Il voit le tatouage comme une surface à gratter, qui révèle réellement la personne. Ainsi, il pense que les tatouages dévoilent une personnalité pour peu que le ou la tatoué(e) ait cette démarche.

“C’est une grosse affaire que de marquer la peau de façon permanente” Mr X

Mr X et le tatouage ?

Et il ne prend pas son rôle à la légère même s’il pense qu’il faut conserver une forme d’humour ou de recul dans sa pratique. Il aime le fait d’encrer quelqu’un et de rester dans ses souvenirs. Il aime ce contact.

Souvenirs du tatoueur

Son premier souvenir ? Mr X raconte ainsi qu’il n’y avait pas de salons près de chez lui, dans le sud de Londres. Gamin, il n’avait pas de tatouages. Il essaie de se souvenir de la première fois qu’il a vu un tatouage. Trop de drogues ont affecté sa mémoire… Il pense qu’il devait avoir 21 ans. C’était peut-être à Glastonbury. Il y avait ce gamin de 11 ans avec une étoile sur le bras et ça a été une révélation. Ce gamin était un vrai rebelle. Duncan X voulait ce tatouage ! D’ailleurs, le tatoueur travaille beaucoup au flash (soit un dessin tatouable à l’infini).

Duncan X flash
Flash @Duncan X

Du noir et puis c’est tout !

Duncan X adopte le noir dès ses débuts dans le tatouage. S’il ne veut porter que ce pigment sous la peau, le tatoueur encre aussi, uniquement, en noir – symbole de révolte radicale dans l’esprit occidental. Ainsi, il raconte :

“Je voulais que mes tatouages ressemblent à ceux dont je me souvenais sur les vieilles photos de marins ou de criminels. Et dans mon esprit, tous ces tatouages ​​étaient tout simplement noirs. Mais en fait, c’était des photos en noir et blanc de tatouages ​​couleurs. J’ai donc décidé que je n’aurais pas de couleurs. Et si je pense à une image, elle est très graphique et monochrome.” Mr X

Duncan X illustration
Illustration @chris martin

Dans la vidéo, l’encre bleue s’évapore de la peau de Duncan X. Si le tatoueur aime l’encre noire, il a bien conscience du vieillissement. Bien au contraire il attend avec impatience de voir sa peau se tâcher de bleu, comme les vieux marins ou les taulards de ses photos. 

“J’aime cette encre noire sous ma peau…maintenant c’est noir… et ce drôle de bleuté…. cette encre indienne est essentiellement du carbone…  qui a été fabriqué au four… et je trouve fascinant qu’elle puisse tâcher la peau de façon permanente… et j’aime la façon dont elle change au fil du temps, elle s’étale et se trouble légèrement…J’ai toujours attendu avec impatience que son aspect semble vieilli….” Duncan X, Mr X

Mr X, Duncan X, découvrez son travail

Pour voir ses flashs, allez sur son site,  son instagram 

Yantra The Sacred Ink, de Cédric Arnold

Yantra the sacred ink est une courte séquence filmée par le photographe reporter Cédric Arnold. Le sujet ? l’encre sacrée de Thaïlande. En 4 min 58, Cédric dévoile toute la spiritualité intense du Sak Yant alternant images de pique sacrée et Khong Khuen, transe de dévots tatoués. Le photographe puriste a utilisé du noir et blanc pour ce film réalisé entre 2008 et 2014. Il devrait être diffusé en version longue un de ces jours (à suivre). Je l’espère vivement.

Reportage au festival Wai Kru

Poulain de l’agence Corbis Sygma, Cédric Arnold arrive à Bangkok, il y a 15 ans. Il travaille alors comme photographe reporter. En 2003, il couvre le festival Wai Kru, à Nakorn Chaisi, pour un magazine. Au temple Wat Bang Phra, il découvre alors le Sak Yant ou tatouage yantra : l’encre sacrée. Ainsi, il confie sur son site qu’il ignorait qu’il se lancerait dans l’un des projets les plus ambitieux de sa carrière, Yantra the sacred ink.

Cédric Arnold présente officiellement son projet photographique le 25 mai 2011. En effet, il est convié à exposer au Centre d’art de l’université Chulalongkorn de Bangkok.

Yantra The Sacred Ink, de Cédric Arnold Yantra the sacred ink, un projet de longue haleine

Cédric Arnold raconte ainsi que la première séance de cette série photographique s’est déroulée par hasard. En effet, durant un reportage, il croise la route d’un ouvrier sur un chantier naval. Et c’est ainsi qu’il revient la semaine suivante pour immortaliser les tatouages magiques de l’homme au moyen format.

C’est ainsi que pendant plus de 4 ans, il rencontre et immortalise des boxeurs, des moines, un policier et même un chauffeur de taxi ! Il aura également la chance de se lier avec des maîtres tatoueurs qui le laissent assister aux cérémonies. Exigeant, le photographe sélectionne 25 portraits qu’il trouve intéressants et en retient seulement 15 pour la série finale.

Passage obligé, l’exposition  Tatoueurs, Tatoués du musée du quai branly présentait certains clichés du photographe. Sinon Cédric Arnold est résident de la Galerie Olivier Waltman, à Paris.

Site Officiel

Voici quelques clichés pris lors de sa venue à Paris :

Yantra The Sacred Ink, de Cédric Arnold

Une histoire du tatouage au XXème siècle – Julien Croyal

Une histoire du tatouage au XXème siècle est une animation réalisée par Julien Croyal, graphiste et illustrateur parisien et Chifumi. Dans cette vidéo de 5 minutes 39, l’histoire du tatouage se déroule sous nos yeux. En effet, un bras tient un chronomètre et lance la cadence. Au travers des époques et des continents, les motifs du genre se dévoilent au rythme de la musique : des biribis aux prisonniers russes.

Histoire d’une collaboration

Julien Croyal suit des études aux beaux-arts de Lorient puis à Mulhouse. Il rencontre alors Chifumi. Avec une personnalité bien affirmée, Chifumi se spécialise dans le collage façon street art. Son projet artistique est axé sur de longs bras couverts de tatouages. Ainsi, il y répète souvent le même mot dans différentes polices de caractères. Son propos ? La vie urbaine, sa violence quotidienne et ses codes.

Source d’inspiration, Julien Croyal reprend l’idée ingénieuse du bras de Chifumi pour son animation. Ainsi, débute la collaboration des deux hommes. Le projet aboutit en 2010. Julien Croyal termine alors ses études. En 2012, ils diffusent la vidéo à l’Ecurie Galerie, en Bretagne. Mais, les garçons aimeraient pouvoir la diffuser plus largement. Alors, le support du web s’impose à eux.

une histoire du tatouage au XXe siècle Une histoire du tatouage au XXème siècle : une animation soigneusement réalisée

Sur fond musical de Black Rebel Motorcycle, le bras de Chifumi lance le top départ. C’est sur cette cadence que défilent les motifs les uns après les autres, dans un ordre chronologique bien précis. Les motifs sont soigneusement choisis. En effet, ils sont parfaitement représentatifs des époques choisies. Pourtant Julien Croyal n’était pas du tout familier du monde du tatouage.

Son lien avec le tatouage ? Chifumi. Ainsi, c’est sa machine qu’on entend dans l’animation. D’ailleurs, Julien Croyal confie au sujet d’un éventuel premier tatouage : “J’attends que Chifumi rentre du Cambodge pour qu’il me fasse mon premier à prix d’ami… J’ai quelques idées… plutôt une succession de petits trucs. Je crois que j’aurai du mal à déléguer la création du dessin à quelqu’un d’autre que moi.”

Découverte d’une culture

Pour la réalisation de cette animation, Julien Croyal a dû procéder à de nombreuses recherches. En effet, il explique : “En démarrant ce projet, je n’étais pas du tout familier avec l’univers du tatouage. Mais j’avais envie d’en savoir plus, d’aller plus loin que le côté un peu gratuit voire kitch de cette pratique et aussi de ne pas m’y aventurer à l’aveugle, par simple effet de mode.

Le côté crypté, le fait qu’on utilise la peau pour faire passer un message ou comme un espace dévolu à la mémoire avec des codes particuliers, m’intéressait. Les trois tomes de Russian criminal tattoo étaient sortis chez Fuel. Et l’univers graphique de quelqu’un comme Dave Decat suggéraient qu’il se jouait là quelque chose qui allait au-delà de la simple coquetterie.

Une histoire du tatouage douloureuse

Il enchaîne à ce sujet et constate : “Une époque où être tatoué était le signe d’une condamnation, qu’on était mal né ou qu’on avait mal tourné sans possibilité de rédemption (pas de laser à l’époque…). Je me suis surtout documenté sur Internet. J’ai vu « The mark of Cain » d’Alix Lambert, les dessins de Danzig Baldaev (sa série sur le goulag aussi). Et je me suis depuis procuré d’autres livres comme « Les vrais, les durs, les tatoués » de Jérôme Pierrat et Eric Guillon et « À fleur de peau, médecins, tatouages et tatoués » aux éditions Allia, surtout pour en savoir plus sur les Français, les Apaches et Biribi.”

Une histoire du tatouage au XXème siècle – Une chronologie précise

Julien Croyal a parfaitement réfléchi la chronologie de son animation. Ainsi, il confie : “L’animation commence à une époque située entre la fin du XIXe et la veille de la Première Guerre mondiale  en France. Comme je voulais évidemment montrer les tatouages russes qu’on connaît particulièrement dans l’époque de gouvernance de l’URSS par Staline.

J’ai pensé doubler la progression temporelle d’une progression géographique. On traverse donc l’Allemagne durant la Première Guerre mondiale pour rejoindre la Russie. J’ai dû faire preuve d’invention pour l’Allemagne qui est maigre en documentation à ce sujet, qui devait y être plus tabou qu’ailleurs.”

Une progression historique bien pensée

“Ensuite, c’est assez naturellement que le trajet se poursuit, les tatouages japonais ne m’intéressent pas tellement, peut-être trop bavards, massifs. Et je préfère les films de cow-boys à ceux de samouraïs. Mais je passe par le Japon pour aller aux USA, en dessinant des tatouages marins à cette occasion.

Les peintures des bombardiers de la Seconde Guerre mondiale auraient fait de bons tatouages. J’en profite pour situer la fin de mon récit à la fin de ce conflit avec le bombardement du Japon. L’histoire n’aurait pas pu continuer au-delà, elle marque la fin d’une période de tragédies pour le monde occidental et l’entame d’une période de paix relative au cours de laquelle le statut du tatouage change progressivement.”

Une histoire du tatouage au XXème siècle – Son époque préférée ?

Lorsque je lui demande quelle époque Julien a préféré représenter, il me répond “Les Russes sont ceux qui expriment le plus de fantaisie dans le désespoir. C’est une des choses qui marque le plus. Cela et le caractère explicite de beaucoup de leurs tatouages, j’ai un peu fait l’impasse dessus dans mon animation. Viennent ensuite les Français avec un usage de la langue assez beau, sans chichis et les portraits de femmes et de généraux dont j’apprécie les maladresses. Enfin, j’aime beaucoup certains tatouages des USA qui rappellent la fraîcheur des tous premiers dessins animés américains.”

Et le tatouage actuel ?

Et le tatouage actuel ? Julien avoue qu’il n’est pas vraiment fasciné par la technique ; alors le réalisme, très peu pour lui… “Un portrait hyper-réaliste avec une gestion des couleurs digne de l’imprimante la plus sophistiquée ne m’intéresse pas vraiment, je préfère les petites histoires. […] La maladresse du trait raconte déjà une histoire. “

En effet, il préfère l’insolence d’un Fuzi UVTPK ou la performance d’un David Shrigley : “J’aime bien aussi quand le dessinateur David Shrigley s’improvise tatoueur avec son pinceau sur la peau des visiteurs d’un salon d’art, avec ses blagues potaches… J’aime aussi… C’est encore mieux quand le visiteur en question se fait vraiment tatouer le dessin réalisé alors que Shrigley lui-même n’y est pas tellement favorable.”

Une évolution du tatouage en France

Pour conclure sur une évolution de la culture tatouage en France, Julien Croyal livre son hypothèse : ” Je ne peux pas livrer un véritable avis sur l’évolution du tatouage. Mais je pense que la France, avec toute sa culture graphique est forcément un terreau fertile à l’éclosion de talents dans ce domaine. Comme je préfère les motifs un peu sobres avec une dimension historique. Je peux citer Jean-Luc Navette ou Thomas Hooper parmi les choses que j’aime, mais, c’est en oublier beaucoup d’autres.”

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